The Dead Don’t Die

Ah ! Difficile d’écrire sur le dernier film de Jim Jarmusch, « The Dead Don’t Die ». À vrai dire, il s’agit là d’un long-métrage si laconique et lénifiant que l’on pourrait d’emblée en parler littéralement comme un film-zombie. Car oui, ici, le goule, c’est le film !  Avec sa distribution de starlettes et ses références dégénérées, « The Dead Don’t Die » se targue, en effet, d’un modernisme radical, accompagné d’une nonchalance à peine voilée. Nonchalance et apocalypse, en voilà une belle stratégie pour donner vie à une fiction crépusculaire se montrant volontiers amorphe, à l’image de cet ermite, incarné par Tom Waits, narrateur-témoin de l’action.

« The Dead Don’t Die » est un film pluriel. On peut le dire, « The Dead Don’t Die » déborde de charme : le duo Adam Driver/Bill Murray incarnant l’humanité qui s’éteint dans une perspective tragi-comique, Iggy Pop en zombie caféiné, ou encore Tilda Swinton en véritable personnage de jeu-vidéo psychorigide. Le problème, in fine, se pose là : après le cool, quoi d’autre ? Depuis quelques années, les zombies, initialement venus au cinéma dans un esprit contestataire, sont devenus le produit d’une certaine surconsommation. Et les morts-vivants de « The Dead Don’t Die » ne s’en cachent pas : ils cherchent du wi-fi, du chardonnay, et tout ce qu’ils aimaient consommés lorsqu’ils étaient en vie. Inutile d’aller plus loin pour en venir à George Romero, que Jarmusch déterre en faveur d’un nouvel horizon politique, où l’on parle de crise environnementale, de Donald Trump, de fake-news et d’Amérique profonde.

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Dans une des deux courtes séquences où nous voyons apparaître RZA, ce dernier nous dit que « Le monde est parfait. Il faut faire attention aux détails ». Une manière bien grossière de souligner le fait que Jarmusch a méticuleusement pensé son film sous une forme proche de l’autocritique. Mais le réalisateur ne laisse jamais tombé le mur de Jericho, et finalement, à l’arrivée, il n’y a guère grand chose à citer, sauf la mélancolie de l’Amérique profonde, et les cendres d’un cinéma roublard renvoyant à une comédie horrifique sommairement intellectualisée. Mais bon, faire du modernisme avec des morts-vivants, et Tom Waits, il faut l’avouer, c’est une initiative sympathique, surtout venant d’un hipster de l’Ohio.

So nice diner and afternoon with you my lover.Yaimh. ILYP

Publié dans : Cinéma | le 17 mai, 2019 |Pas de Commentaires »

90′s….

Loin des comédies potaches auxquelles il s’est trop souvent cantonné, le comédien Jonah Hill fait preuve d’un surprenant talent pour son premier long en qualité de réalisateur, et signe une reconstitution des années 90 qui nous fait regretter ce temps où le fish-eye était à la mode.  Dans le Los Angeles des années 90, Stevie, 13 ans, a du mal a trouver sa place entre sa mère souvent absente et un grand frère caractériel. Quand une bande de skateurs le prend sous son aile, il se prépare à passer l’été de sa vie…

Le format d’époque et la fougue des jeunes personnages y sont pour beaucoup. Toutefois, le primo-réalisateur trentenaire a tenu à ajouter à son long-métrage une patte personnelle, et ce bien qu’il assure que l’écriture des personnages n’est pas autobiographique. Cette marque se retrouve en fait surtout dans les excellents choix musicaux, et en particulier les sons de hip-hop, là où les réalisateurs plus âgés emploient généralement très mal le rap dans leurs films. Ainsi, à travers son personnage qui a au-dessus de son lit des posters de Mobb Deep et du Wu-Tang, c’est toute une génération qui se retrouvera aisément dans les souvenirs que Jonah Hill garde des années 90.

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Plus encore que dans la justesse avec laquelle Jonah Hill a dépeint la jeune population qui fréquente les skate-parks, la qualité de ce premier film vaut surtout pour la finesse avec laquelle il est parvenu à observer leurs interactions sans avoir recours à une mise en scène qui vienne appuyer leurs sentiments. « L’esprit de meute », tel qu’il le nomme lui-même, mais aussi la relation tumultueuse que le jeune Stevie entretient avec sa mère et son grand frère, deviennent le moteur de son scénario. De la même manière, la délicatesse avec laquelle Jonah Hill a croqué ces personnages se ressent dans l’absence de surenchère en grossièreté gratuite lorsque, presque inévitablement, ces adolescents évoquent leur éveil sexuel.

Mais la vraie plus-value de 90’s vient assurément des jeunes acteurs débutants, recrutés pour la plupart en casting sauvage pour leur aisance au skate-board. C’est avec vivacité et véracité qu’ils parviennent – sans doute grâce aux conseils avisés de leur réalisateur, qui pour rappel a déjà été deux fois nommé à l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle – à donner de l’épaisseur à leurs rôles. Grâce à ce soin tout particulier apporté à l’authenticité de ces adolescents et à l’énergie qui transpire de la direction d’acteurs, il n’est pas nécessaire de partager les goûts musicaux des personnages pour se retrouver dans les difficultés qu’ils rencontrent en quittant l’enfance.

Great movie, amazing story. Wonderful moment hand in hand. Thanks of all of you.ILY

Publié dans : Cinéma | le 3 mai, 2019 |Pas de Commentaires »

El Reino….

Grand gagnant des derniers Goya (les César espagnols) avec sept trophées, El Reino de Rodrigo Sorogoyen dresse un portrait sans concession du monde politique espagnol, corrompu jusqu’à l’os. Nul doute qu’en découvrant les péripéties du protagoniste englué dans une affaire de détournement d’argent, certains élus ont dû se sentir mal dans leur fauteuil de cinéma (si tant est qu’ils mettent les pieds dans une salle obscure). Si la fiction a un pouvoir de distanciation avec le réel, l’acharnement dont fait preuve le héros pour se défendre dédouanerait presque le pire escroc de toutes ses fautes.Sa culpabilité ne fait aucun doute et les conséquences de ses crimes sont finalement très peu visibles à l’écran. La dimension sociale et politique du sujet restant en périphérie dès lors que ces hommes politiques évoluent dans des sphères où les choses du quotidien sont dissoutes pour former une matière invisible. Résultat, dès que cette réalité ose pénétrer le cadre, elle apparaît soudain insupportable et doit être immédiatement écartée. Ici, le monde est f(l)ou. Le cinéaste qui avait déjà impressionné avec son thriller policier Que Dios nos perdone en 2017, semble embrouiller sciemment l’attention du spectateur avec des bavardages volontairement sibyllins pour mieux resserrer son intrigue et finalement la dépouiller de tous ses oripeaux. Seul dans son propre royaume (reino en espagnol), l’individu, pris au piège et menacé, tente de survivre.

ElReino   Lien vidéo

Au-delà de son sujet, Rodrigo Sorogoyen, entend signer un thriller efficace avec tout ce que cela suppose de figures imposées. Une caméra mobile épousant les moindres contrariétés des ombres qui passent devant son objectif, une musique envoûtante qui finit par devenir mentale (la BO minimale est signée d’un jeune Français, Olivier Arson, lire encadré), une tension permanente qui se recrée à chaque fois qu’elle semble baisser, et des scènes choc, telle cette course-poursuite en voiture tous phares éteints, sorte d’acmé émotionnelle et sublime métaphore de ce qui se joue ici : un homme qui avance dans la nuit noire pourchassé par des démons qu’il a lui-même réveillés.

En bon cinéaste, Rodrigo Sorogoyen est avant tout un homme d’images et, de ce fait, sait mieux que personne que celles-ci sont malléables à merci et peuvent dire tout et son contraire. C’est donc logiquement sur un plateau de télévision que s’achève cette course folle dans une sorte d’hommage au Network de Lumet. Attention, spoiler : le héros, cette fois devant les caméras d’un JT, tente de se servir des rouages du média qui le scrute. Le voici soudain face au monde et à lui-même. Il n’a plus désormais la complète maîtrise de son destin. Seul le cinéaste, grand manitou de l’aventure qu’il raconte, a le pouvoir de couper le courant. Le spectateur, lui, reste coi, totalement anesthésié. Le royaume est corrompu, le roi est nu, et la roue continue de tourner. Implacable.

Wonderful, crazy, amazing moment and movie beside you,ILY

 

 

Publié dans : Cinéma | le 19 avril, 2019 |Pas de Commentaires »
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