Nomadland….

Inspiré du roman éponyme de Jessica Bruder, le parcours de Fern (Frances McDormand), ancienne professeure, est celui d’une Amérique fragilisée par la crise économique des années 2000. Elle vit seule depuis le décès de son époux, et après la perte de son emploi la précarité s’installe. Pensions insuffisantes et administrations accablantes, rien n’est véritablement propice à l’accès au logement et doucement les options s’amenuisent. Bientôt son van devient sa seule demeure possible.

Nomadland nous emporte à l’orée d’un nouveau monde alors que l’économie s’effondre, une fable de la crise économique de 2008, des GAFAM qui fument à pleins poumons tandis que leurs fantassins s’échinent. En plein hiver, l’histoire s’entame dans les rues enneigées d’Empire, Nevada, une ville fantôme dont le code postal a été supprimé après la fermeture de l’usine qui maintenait ses quelques habitants à flot. C’est là que vivait Fern avec son époux, mais plus rien ne subsiste de ce que fut sa vie. Alors contrainte à l’exil, quelques assiettes dans le coffre et la parka de son mari sur le dos, elle appartient désormais au peuple de ceux qui naviguent avec le vent. À plus de soixante ans, on lui parle de retraite anticipée, mais au volant de son van (joliment surnommé «vanguard»), Fern vadrouille entre les petits boulots et son intérim dans les entrepôts d’Amazon. C’est là qu’elle rencontre Linda Lay (qui incarne son propre rôle). Vagabonde elle aussi, elle lui parle de ce grand rassemblement de nomades en Arizona, le fameux Rubber Tramp Rendezvous (RTR).

Nomad1

Nomad2

Nomad3     Lien vidéo…

Tourné en basse lumière, accompagnée de quelques panneaux LED seulement, la caméra de Joshua James Richards embrasse la beauté de l’Ouest américain avec une singularité proche du documentaire. Un effectif réduit pour venir à la rencontre de ces vagabonds qui paisiblement se confient au chaud de leurs vans. Dès les premiers plans, les mots nous manquent et bientôt le vertige horizontal nous submerge. Frances McDormand nous emmène à la rencontre de Patty, Linda, Swankie et les autres. Beaucoup incarnent ici leurs propres rôles. Les vies défilent et l’authenticité des propos cèle une émotion vive. The Rider irradiait déjà d’une cinématographie sublime et d’une métaphysique assourdissante. Ici, la maestria Chloe Zhao est la même et ô combien touchante, portée cette fois par la partition épurée de Ludovico Einaudi. À bien des égards, Nomadland se lit comme la quête initiatique de Fern au pays des oiseaux rares des bords des routes.

Un film qui se mêle au grand mythe américain de la route. Et il fallait au moins la madone McDormand pour faire de Nomadland un chef-d’œuvre immédiat. Une icône discrète, associée à jamais à certaines des plus belles heures du cinéma américain. Aussi productrice, elle s’impose ici comme une évidence. Magistrale en solo, bouleversante quand elle tente de refaire sa vie aux côtés de David Strathairn; et puis il y aura Bob Wells et son désormais célèbre «See You Down The Road» alors qu’il se confie sur la disparation de son fils. Nomadland est une ode à la sobriété du 7ème art, aux ermitages éternels et aux vagabonds romantiques. D’avoir vécu aux côtés de Frances McDormand, Nomadland vous hantera et pour longtemps.

A great, great movie sharing alone together, a wonderful moment hand in hand, ILY

Publié dans : Cinéma |le 11 juin, 2021 |Pas de Commentaires »

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