Archive pour mai, 2019

Dolor Y Gloria…

Depuis près de trente ans, il signe ses films « Almodóvar », sans prénom. Personne n’a osé ça avant lui. Ni Kubrick, ni Hitchcock, ni Godard (du moins en le systématisant). Pas vraiment besoin de titre, non plus. À quoi bon ? Celui-ci s’appelle Douleur et Gloire, mais on a dû revérifier sur internet une semaine après l’avoir vu. Un « Almodóvar », c’est mieux qu’une promesse, des certitudes, un parfum, un rendez-vous.

Avec le temps, Almodóvar est devenu sa propre prison, sa propre sentence, obligé d’être génial (Parle avec elle) ou de décevoir, obligé d’être lui-même jusqu’à sa propre lassitude, son propre épuisement. Un cinéaste comme lui a le droit de disparaître, bien sûr, mais a-t-il le droit de vieillir ? La question, douloureuse, est au cœur de ce film introspectif, à mi-chemin entre Amarcord et 8 et demi, qui mélange l’enfance et l’autoportrait d’un artiste en crise existentielle. Almodóvar doublement face à lui-même, enfermé dans des pièces sans fenêtres, entouré d’œuvres d’art et de murs peints aux couleurs de ses films, prisonnier de lui-même, de son art, de son impossibilité à se réinventer. Alors, il a recours à un truc vieux comme la page blanche : il fait un film sur cette impossibilité même, un vrai film psychanalytique, où il remonterait jusqu’au premier amour (sans doute la plus belle scène du film, deux barbes poivre et sel qui discutent du passé jusqu’au bout de la nuit) et, encore au-delà, au premier désir, sous le cagnard, quand on était enfant et que l’idée du sexe s’est matérialisée pour la première fois.

Dolor1

Dolor2….Lien vidéo

Douleur et Gloire remonte ainsi à l’origine des choses, l’enfance de l’artiste, l’enfance de l’art. Il le fait avec grâce et retenue, une émotion douce en rupture avec le « almodovarisme » habituel. Ce film va moins vite, moins fort, moins loin peut-être, mais il plonge plus profond que la plupart des précédents. C’est une oeuvre grisonnante, tournée par un homme qui en a plein le dos et trouve le temps qui passe de plus en plus dur à avaler. Un homme qui doit se convaincre que ce n’est pas fini, qu’il a encore quelque chose à dire et les ressources intimes pour le faire. Au fond de la piscine, il retient sa respiration. Bientôt, il faudra remonter. Et reprendre son inspiration… selon un double sens qui est le même en espagnol et en français. Avec elle reviendront les acteurs qui lui ont cassé les couilles, les souvenirs enfouis, les hommes qu’il a aimés, la mère tant adorée qui « détestait l’autofiction » et qui, quand on y pense, ne ressemblait pas le moins du monde à Penélope Cruz. Car ça, ne l’oublions pas, c’est la beauté du cinéma.

Si il a pas la palme alors..TQMMMM

 

Publié dans:Cinéma |on 23 mai, 2019 |Pas de commentaires »

The Dead Don’t Die

Ah ! Difficile d’écrire sur le dernier film de Jim Jarmusch, « The Dead Don’t Die ». À vrai dire, il s’agit là d’un long-métrage si laconique et lénifiant que l’on pourrait d’emblée en parler littéralement comme un film-zombie. Car oui, ici, le goule, c’est le film !  Avec sa distribution de starlettes et ses références dégénérées, « The Dead Don’t Die » se targue, en effet, d’un modernisme radical, accompagné d’une nonchalance à peine voilée. Nonchalance et apocalypse, en voilà une belle stratégie pour donner vie à une fiction crépusculaire se montrant volontiers amorphe, à l’image de cet ermite, incarné par Tom Waits, narrateur-témoin de l’action.

« The Dead Don’t Die » est un film pluriel. On peut le dire, « The Dead Don’t Die » déborde de charme : le duo Adam Driver/Bill Murray incarnant l’humanité qui s’éteint dans une perspective tragi-comique, Iggy Pop en zombie caféiné, ou encore Tilda Swinton en véritable personnage de jeu-vidéo psychorigide. Le problème, in fine, se pose là : après le cool, quoi d’autre ? Depuis quelques années, les zombies, initialement venus au cinéma dans un esprit contestataire, sont devenus le produit d’une certaine surconsommation. Et les morts-vivants de « The Dead Don’t Die » ne s’en cachent pas : ils cherchent du wi-fi, du chardonnay, et tout ce qu’ils aimaient consommés lorsqu’ils étaient en vie. Inutile d’aller plus loin pour en venir à George Romero, que Jarmusch déterre en faveur d’un nouvel horizon politique, où l’on parle de crise environnementale, de Donald Trump, de fake-news et d’Amérique profonde.

Dead1

Dead2     Lien vidéo

Dans une des deux courtes séquences où nous voyons apparaître RZA, ce dernier nous dit que « Le monde est parfait. Il faut faire attention aux détails ». Une manière bien grossière de souligner le fait que Jarmusch a méticuleusement pensé son film sous une forme proche de l’autocritique. Mais le réalisateur ne laisse jamais tombé le mur de Jericho, et finalement, à l’arrivée, il n’y a guère grand chose à citer, sauf la mélancolie de l’Amérique profonde, et les cendres d’un cinéma roublard renvoyant à une comédie horrifique sommairement intellectualisée. Mais bon, faire du modernisme avec des morts-vivants, et Tom Waits, il faut l’avouer, c’est une initiative sympathique, surtout venant d’un hipster de l’Ohio.

So nice diner and afternoon with you my lover.Yaimh. ILYP

Publié dans:Cinéma |on 17 mai, 2019 |Pas de commentaires »

90′s….

Loin des comédies potaches auxquelles il s’est trop souvent cantonné, le comédien Jonah Hill fait preuve d’un surprenant talent pour son premier long en qualité de réalisateur, et signe une reconstitution des années 90 qui nous fait regretter ce temps où le fish-eye était à la mode.  Dans le Los Angeles des années 90, Stevie, 13 ans, a du mal a trouver sa place entre sa mère souvent absente et un grand frère caractériel. Quand une bande de skateurs le prend sous son aile, il se prépare à passer l’été de sa vie…

Le format d’époque et la fougue des jeunes personnages y sont pour beaucoup. Toutefois, le primo-réalisateur trentenaire a tenu à ajouter à son long-métrage une patte personnelle, et ce bien qu’il assure que l’écriture des personnages n’est pas autobiographique. Cette marque se retrouve en fait surtout dans les excellents choix musicaux, et en particulier les sons de hip-hop, là où les réalisateurs plus âgés emploient généralement très mal le rap dans leurs films. Ainsi, à travers son personnage qui a au-dessus de son lit des posters de Mobb Deep et du Wu-Tang, c’est toute une génération qui se retrouvera aisément dans les souvenirs que Jonah Hill garde des années 90.

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Lien vidéo

Plus encore que dans la justesse avec laquelle Jonah Hill a dépeint la jeune population qui fréquente les skate-parks, la qualité de ce premier film vaut surtout pour la finesse avec laquelle il est parvenu à observer leurs interactions sans avoir recours à une mise en scène qui vienne appuyer leurs sentiments. « L’esprit de meute », tel qu’il le nomme lui-même, mais aussi la relation tumultueuse que le jeune Stevie entretient avec sa mère et son grand frère, deviennent le moteur de son scénario. De la même manière, la délicatesse avec laquelle Jonah Hill a croqué ces personnages se ressent dans l’absence de surenchère en grossièreté gratuite lorsque, presque inévitablement, ces adolescents évoquent leur éveil sexuel.

Mais la vraie plus-value de 90’s vient assurément des jeunes acteurs débutants, recrutés pour la plupart en casting sauvage pour leur aisance au skate-board. C’est avec vivacité et véracité qu’ils parviennent – sans doute grâce aux conseils avisés de leur réalisateur, qui pour rappel a déjà été deux fois nommé à l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle – à donner de l’épaisseur à leurs rôles. Grâce à ce soin tout particulier apporté à l’authenticité de ces adolescents et à l’énergie qui transpire de la direction d’acteurs, il n’est pas nécessaire de partager les goûts musicaux des personnages pour se retrouver dans les difficultés qu’ils rencontrent en quittant l’enfance.

Great movie, amazing story. Wonderful moment hand in hand. Thanks of all of you.ILY

Publié dans:Cinéma |on 3 mai, 2019 |Pas de commentaires »

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