El Reino….

Grand gagnant des derniers Goya (les César espagnols) avec sept trophées, El Reino de Rodrigo Sorogoyen dresse un portrait sans concession du monde politique espagnol, corrompu jusqu’à l’os. Nul doute qu’en découvrant les péripéties du protagoniste englué dans une affaire de détournement d’argent, certains élus ont dû se sentir mal dans leur fauteuil de cinéma (si tant est qu’ils mettent les pieds dans une salle obscure). Si la fiction a un pouvoir de distanciation avec le réel, l’acharnement dont fait preuve le héros pour se défendre dédouanerait presque le pire escroc de toutes ses fautes.Sa culpabilité ne fait aucun doute et les conséquences de ses crimes sont finalement très peu visibles à l’écran. La dimension sociale et politique du sujet restant en périphérie dès lors que ces hommes politiques évoluent dans des sphères où les choses du quotidien sont dissoutes pour former une matière invisible. Résultat, dès que cette réalité ose pénétrer le cadre, elle apparaît soudain insupportable et doit être immédiatement écartée. Ici, le monde est f(l)ou. Le cinéaste qui avait déjà impressionné avec son thriller policier Que Dios nos perdone en 2017, semble embrouiller sciemment l’attention du spectateur avec des bavardages volontairement sibyllins pour mieux resserrer son intrigue et finalement la dépouiller de tous ses oripeaux. Seul dans son propre royaume (reino en espagnol), l’individu, pris au piège et menacé, tente de survivre.

ElReino   Lien vidéo

Au-delà de son sujet, Rodrigo Sorogoyen, entend signer un thriller efficace avec tout ce que cela suppose de figures imposées. Une caméra mobile épousant les moindres contrariétés des ombres qui passent devant son objectif, une musique envoûtante qui finit par devenir mentale (la BO minimale est signée d’un jeune Français, Olivier Arson, lire encadré), une tension permanente qui se recrée à chaque fois qu’elle semble baisser, et des scènes choc, telle cette course-poursuite en voiture tous phares éteints, sorte d’acmé émotionnelle et sublime métaphore de ce qui se joue ici : un homme qui avance dans la nuit noire pourchassé par des démons qu’il a lui-même réveillés.

En bon cinéaste, Rodrigo Sorogoyen est avant tout un homme d’images et, de ce fait, sait mieux que personne que celles-ci sont malléables à merci et peuvent dire tout et son contraire. C’est donc logiquement sur un plateau de télévision que s’achève cette course folle dans une sorte d’hommage au Network de Lumet. Attention, spoiler : le héros, cette fois devant les caméras d’un JT, tente de se servir des rouages du média qui le scrute. Le voici soudain face au monde et à lui-même. Il n’a plus désormais la complète maîtrise de son destin. Seul le cinéaste, grand manitou de l’aventure qu’il raconte, a le pouvoir de couper le courant. Le spectateur, lui, reste coi, totalement anesthésié. Le royaume est corrompu, le roi est nu, et la roue continue de tourner. Implacable.

Wonderful, crazy, amazing moment and movie beside you,ILY

 

 

Publié dans : Cinéma |le 19 avril, 2019 |Pas de Commentaires »

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