Archive pour mars, 2019

Dhafer Youssef….

L’olivier qui chante la revanche du roseau

Subjugué fut le public de Jazz à la Villette, au concert de Dhafer Youssef. En ce 2 septembre, le chanteur, joueur d’oud, auteur et compositeur présente son album Sounds of Mirrors. Dès la pièce introductive, Humankind, dédiée à l’humanité dans son entièreté, on est hypnotisé par la force de cette infinie douceur qui s’élève avec lenteur, comme l’aurore. Le chant de Dhafer Youssef monte au ciel à la manière d’une complainte pour la paix, et culmine jusqu’en des hauteurs vertigineuses, que lui permet sa voix de tête. Il atteint des notes aiguës que peu de vocalistes parviennent à exécuter. Dès l’enfance, il a appris, auprès de son grand-père muezzin, les arcanes de l’appel à la prière et ses vocalises complexes. Chez lui, la recherche spirituelle relève moins de l’approche religieuse que de la quête philosophique. Dhafer Youssef nous explique : « Je tente de communiquer avec le public à travers une spiritualité profane, laïque, dirais-je même, qui respecte les convictions de chacun. »

Des improvisateurs capables d’enfanter le miracle de l’instant

La magie a immédiatement opéré, ce fameux soir à Jazz à la Villette, alors que les quatre complices avaient répété pour la première fois ensemble dans l’après-midi ! Seuls les immenses improvisateurs sont capables d’enfanter le miracle de l’instant. « J’ai baptisé mon album Sounds of Mirrors, parce que, avec ces musiciens, l’échange me semble télépathique. J’ai l’impression que l’humanité de chacun de nous est le reflet d’un même miroir. » La guitare tisse d’insolites atmosphères, les percussions nous emportent dans une chevauchée fantastique, la clarinette soulève à fleur de souffle un swing voluptueux. Dhafer Youssef, à l’oud, épand des perles de sirocco, comme pour consoler l’olivier dont la mélopée dit, à travers les arabesques du chanteur, la désolation des peuples qu’enserrent, lacèrent les guerres des puissants.

Dhafer2     Lien vidéo

Le natif de Téboulba – cité côtière du Sahel tunisien – rend hommage à des poètes soufis, à des philosophes éclairés et, tout simplement, aux anonymes qui, à travers la planète, aspirent à une existence meilleure. « L’intolérance, qui partout se dresse, me blesse intimement. Je me considère comme un immigré culturel. Mon âme pleure pour les migrants condamnés à errer sur la mer Méditerranée, que transforme en tombeau à ciel ouvert le cœur fermé de nombreux gouvernants. Moi qui ai une merveilleuse petite fille de 6 mois, j’ai vu des bébés morts sur des embarcations, c’est l’horreur. » À la tête d’un groupe réunissant des musiciens d’Europe, d’Afrique et d’Asie, Dhafer Youssef célèbre la vie et le vin, l’ivresse autant qu’une âpre résistance. Il est l’olivier qui chante l’esprit et le cri, la revanche du roseau.

Maybe the most biutiful concert we have seen. A so wonderful moment beside you, ily

Publié dans:Concert |on 28 mars, 2019 |Pas de commentaires »

Les Témoins de Lendsdorf….

Reprenant le credo du monumental Shoah de Claude Lanzmann, ce premier long métrage parvient par le truchement de la fiction à interroger la mémoire. Yoel est un historien israélien qui enquête de nos jours sur un massacre de juifs durant la Seconde Guerre mondiale aux abords d’un village autrichien. Ce combat de toute une vie est toutefois soumis à un ultimatum lorsque la municipalité dudit village entend effectuer des travaux de construction, empêchant le chercheur de localiser la fosse – jusqu’ici introuvable – où les corps des victimes ont été enterrés.

À partir d’une trame classique du film-enquête, le réalisateur israélien, Amichai Greenberg, parvient avec sobriété et sérieux à dresser le portrait d’un homme obnubilé par sa mission au point de se confondre avec elle. Seul contre tous, y compris face à l’Histoire qui masque ses preuves, le chercheur (Ori Pfeffer, méconnaissable et formidable) se retrouve bientôt confronté à la fragilité de sa propre identité suite à une révélation (dont nous ne vous dévoilerons rien) qui ajoute à la confusion.

 

Temoin0Temoin1Temoin2    Lien vidéo

 

Mais puisque tout semble se dérober, c’est un puzzle qu’il faut reconstruire, pièce après pièce, pour mettre à jour la preuve manquante. Voir ainsi le personnage principal au fond d’un labyrinthe de tranchées qu’il a lui-même fait creuser offre l’expression saisissante et mentale d’une raison en ébullition. Ce film jamais théorique reste efficace de bout en bout. Une très belle réussite.

A page of history .You are the witness of my love’s heart, ily

Publié dans:Cinéma |on 22 mars, 2019 |Pas de commentaires »

La Chute de l’Empire Américain….

Un butin tombe dans les mains d’un intello fauché. Une hilarante satire du système capitaliste rongé par l’argent sale, par l’auteur des Invasions barbares.

Après Le Déclin de l’empire américain (1986) et Les Invasions barbares (2003), Denys Arcand revient pour clore sa trilogie avec un réjouissant film d’arnaque, dans le fond comme dans la forme, qui ne cesse de muter — comédie sentimentale, polar, satire politique ? La scène d’ouverture, hilarante, montre un couple en pleine rupture. A sa petite amie, consternée, Pierre-Paul Daoust, 36 ans et un doctorat en philosophie, explique que l’intelligence est un handicap pour réussir — il est chauffeur-­livreur. « Les vraies gens intelligents ne passent pas à la télé, dit-il, et ne votent pas Trump. » S’ensuit une séquence de braquage qui tourne si mal que des sacs de billets appartenant à un gang échouent aux pieds du héros, tout à coup nettement moins philosophe, et bien décidé à en faire bon usage. En commençant par la location des services d’une call-girl, forcément délicieuse, puisqu’elle a choisi de se surnommer Aspasie, comme la première grande prostituée, amie de Socrate.

Chute1

Chute2      Lien vidéo

Au fil d’un scénario à tiroirs, plein de trouvailles, apparaîtront ainsi un ex-taulard qui a pris des cours de droit sur l’évasion fiscale (Rémy Girard, acteur fétiche de Denys Arcand), un truand en col blanc, et quelques comparses, pour former une sympathique association de malfaiteurs qui met en lumière tous les circuits et rouages de l’argent sale. Si le Québécois ne fait pas de quartier dans ce pamphlet ironique sur le ton du « tous pourris », il fait aussi naître l’émotion, grâce à la reconversion de la prostituée, ou par la figure d’un SDF muet de reconnaissance devant la générosité d’autrui… La dérision envers l’Amérique se niche jusque dans l’esthétique du film, à travers, par moments, une image de luxueuse série télé.

En revanche, c’est avec un naturalisme brutal que le cinéaste insère des plans sur les sans-abri de Montréal, Inuits et autres Indiens du Canada, couchés sur les trottoirs. Le film se termine, d’ailleurs, sur leurs visages en gros plan, et c’est « ben correc ». Wonderful day beside you, thanks of all of you, ily

Publié dans:Cinéma |on 8 mars, 2019 |Pas de commentaires »

Theyounglife |
thegoodcritic |
Flamenco y Co... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Restructuration d'Espa...
| Festival Ado #5
| Histoiredelartedna