La villa….

Dans une calanque près de Marseille, au creux de l’hiver, Angèle, Joseph et Armand, se rassemblent autour de leur père vieillissant. C’est le moment pour eux de mesurer ce qu’ils ont conservé de l’idéal qu’il leur a transmis, du monde de fraternité qu’il avait bâti dans ce lieu magique, autour d’un restaurant ouvrier dont Armand, le fils ainé, continue de s’occuper. Lorsque de nouveaux arrivants venus de la mer vont bouleverser leurs réflexions…L’imminence de sa mort suscite les ­retrouvailles de ses trois enfants, Armand (Gérard Meylan), Joseph (Jean-Pierre Darroussin) et Angèle (Ariane Ascaride), autant dire le rappel de la troupe de Robert Guédiguian. Le premier tient le modeste restaurant du port mais songe à mettre la clé sous la porte car le village se vide. Joseph est un cadre qui a été licencié : un beau parleur amer multipliant les saillies sardoniques. Enfin, la petite sœur. Elle est comédienne, habite Paris et revient à contrecœur dans cette région, chargée, pour elle, de funestes souvenirs.

villa1

villa2     Lien vidéo

Le soleil est bien noir, ici. C’est une lumière d’hiver, de crépuscule qui règne sur ce théâtre à ciel ouvert. Du Tchekhov méridional, si l’on veut. Où l’on blague encore, mais « au bord du précipice », comme le dit Joseph. Cette noirceur n’est pas nouvelle chez le cinéaste, mais elle ne s’était pas exprimée de manière aussi poignante depuis La ville est tranquille (2000) ou Marie-Jo et ses deux amours (2002). Des trains qui filent vers la calanque déserte, des chemins de contrebandiers envahis de mauvaises herbes, tout paraît dominé par la perte, le deuil de quelqu’un, de quelque chose. La tentation est grande, dès lors, de céder au « c’était mieux avant ». C’est ce que reproche à Joseph sa jeune compagne (Anaïs Demoustier). Etait-ce si bien ­jadis ? On pourrait le croire, lorsque surgit l’extrait d’un des premiers films de Robert Guédiguian, Ki lo sa ? (1985), porté par la cavalcade grisante de Bob Dylan (I want you), où l’on voit les mê­mes personnages dans leur insolente jeunesse. Mais non : à l’époque déjà, Guédiguian parlait du temps perdu, des amours enfuies, de l’utopie gâchée. Le manque est une obsession, indissociable chez lui d’une nostalgie tenace. Une nostalgie au conditionnel : il est moins poursuivi par ce qu’il a vécu que par ce qu’il aurait pu vivre.

Les réponses apportées sont provisoires : une fois n’est pas coutume chez le cinéaste, la fin reste ouverte. Malgré la mélancolie ambiante, des espoirs subsistent : l’amour de l’art et de la poésie (on déclame du Claudel !). L’amour tout court… Et puis il y a la mer, ses dorades et ses poulpes qui nous rappellent que l’antique palpite encore… Tout n’est pas perdu.

Peace and love beside you this afternoon..

Publié dans : Cinéma |le 8 décembre, 2017 |Pas de Commentaires »

Vous pouvez laisser une réponse.

Laisser un commentaire

Theyounglife |
thegoodcritic |
Flamenco y Co... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Restructuration d'Espa...
| Festival Ado #5
| Histoiredelartedna