Archive pour décembre, 2017

The Florida Project….

Moonee, turbulente mouflette de 6 ans, habite dans un « château magique », dont les faux créneaux et l’improbable teinte — un mauve dense et crémeux —évoquent une pâtisserie excentrique ou un décor de dessin animé plutôt qu’un motel bon marché. Le Magic Castle Inn subit manifestement l’influence du géant voisin, Disney World. Mais, malgré la compassion bourrue de son attachant manager (Willem ­Dafoe, formidable), le modeste établissement abrite moins de contes de fées que d’expédients et de fins de mois difficiles pour ses résidents à l’année, tous clients de la misère. Aux abords d’Orlando, entre deux échangeurs et un héliport, Sean Baker (dont on avait aimé l’électrique Tangerine, tourné avec un iPhone) visite « l’autre » Floride, celle des invisibles, des ­oubliés, des victimes de la crise et de la violence économique.

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Cette communauté précaire, à quelques dettes de la rue, le cinéaste la peint cependant sans aucune noirceur. Au contraire. Il lui rend ce qui, dans le « Sunshine State », appartient encore à tout le monde : l’intensité de la ­lumière, la frénésie des couleurs, l’immensité du ciel. Chaque plan, somptueusement composé en 35 mm, transforme l’ordinaire périurbain en vaste terrain de jeu. Celui de Moonee, et de sa poignée de copains qui circulent dans les parages, livrés à eux-mêmes, insaisissables et vifs. Rares sont les films qui captent aussi bien l’énergie volatile, la spontanéité crue de l’enfance, la toute-puissance de son imaginaire. Cette fillette-là, interprétée avec une éblouissante effronterie par la jeune Brooklynn Prince, rappelle les meilleurs Peter Pan de terrain vague, les plus beaux garnements de cinéma, de L’Argent de poche de ­Truffaut au Kes de Ken Loach.

La malice de Moonee, sa relation fantasque au monde, l’amour ­bohème, hédoniste et viscéral qui l’unit à sa jeune mère marginale contribuent à tenir le récit en équilibre, entre la cruauté du réel et l’enchantement du regard.
Life , strange one, difficult, wonderful movie, beautiful actors and you more beauty full too, ILY

 

Publié dans:Cinéma |on 22 décembre, 2017 |Pas de commentaires »

La villa….

Dans une calanque près de Marseille, au creux de l’hiver, Angèle, Joseph et Armand, se rassemblent autour de leur père vieillissant. C’est le moment pour eux de mesurer ce qu’ils ont conservé de l’idéal qu’il leur a transmis, du monde de fraternité qu’il avait bâti dans ce lieu magique, autour d’un restaurant ouvrier dont Armand, le fils ainé, continue de s’occuper. Lorsque de nouveaux arrivants venus de la mer vont bouleverser leurs réflexions…L’imminence de sa mort suscite les ­retrouvailles de ses trois enfants, Armand (Gérard Meylan), Joseph (Jean-Pierre Darroussin) et Angèle (Ariane Ascaride), autant dire le rappel de la troupe de Robert Guédiguian. Le premier tient le modeste restaurant du port mais songe à mettre la clé sous la porte car le village se vide. Joseph est un cadre qui a été licencié : un beau parleur amer multipliant les saillies sardoniques. Enfin, la petite sœur. Elle est comédienne, habite Paris et revient à contrecœur dans cette région, chargée, pour elle, de funestes souvenirs.

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Le soleil est bien noir, ici. C’est une lumière d’hiver, de crépuscule qui règne sur ce théâtre à ciel ouvert. Du Tchekhov méridional, si l’on veut. Où l’on blague encore, mais « au bord du précipice », comme le dit Joseph. Cette noirceur n’est pas nouvelle chez le cinéaste, mais elle ne s’était pas exprimée de manière aussi poignante depuis La ville est tranquille (2000) ou Marie-Jo et ses deux amours (2002). Des trains qui filent vers la calanque déserte, des chemins de contrebandiers envahis de mauvaises herbes, tout paraît dominé par la perte, le deuil de quelqu’un, de quelque chose. La tentation est grande, dès lors, de céder au « c’était mieux avant ». C’est ce que reproche à Joseph sa jeune compagne (Anaïs Demoustier). Etait-ce si bien ­jadis ? On pourrait le croire, lorsque surgit l’extrait d’un des premiers films de Robert Guédiguian, Ki lo sa ? (1985), porté par la cavalcade grisante de Bob Dylan (I want you), où l’on voit les mê­mes personnages dans leur insolente jeunesse. Mais non : à l’époque déjà, Guédiguian parlait du temps perdu, des amours enfuies, de l’utopie gâchée. Le manque est une obsession, indissociable chez lui d’une nostalgie tenace. Une nostalgie au conditionnel : il est moins poursuivi par ce qu’il a vécu que par ce qu’il aurait pu vivre.

Les réponses apportées sont provisoires : une fois n’est pas coutume chez le cinéaste, la fin reste ouverte. Malgré la mélancolie ambiante, des espoirs subsistent : l’amour de l’art et de la poésie (on déclame du Claudel !). L’amour tout court… Et puis il y a la mer, ses dorades et ses poulpes qui nous rappellent que l’antique palpite encore… Tout n’est pas perdu.

Peace and love beside you this afternoon..

Publié dans:Cinéma |on 8 décembre, 2017 |Pas de commentaires »

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