L’amant double….

Chloé, une jeune femme fragile, en proie à la dépression, suit une psychothérapie auprès de Paul, dont elle ne tarde pas à tomber amoureuse. Les mois passent et les jeunes gens s’installent ensemble. Mais Chloé découvre bientôt que son compagnon a totalement occulté une partie de son existence…François Ozon est l’un des rares cinéastes actuels — le seul, peut-être — à distiller, de film en film, l’idée déconcertante que ses images mentent. Qu’elles peuvent tromper, en tout cas. Au spectateur de sortir de la passivité que le cinéma exige le plus souvent pour les ­déchiffrer, les questionner. Avec Ozon, on a (presque) toujours deux films pour le prix d’un : celui qu’il exhibe, avec des tours de passe-passe visibles, comme pour rassurer ses détracteurs qui veulent ne voir en lui qu’un styliste super­ficiel. Et celui qu’il tisse en douce, qu’il dissimule comme dans un palimpseste, destiné aux « happy few » chers à Sten­dhal, pour qui l’apparence est un piège.

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Inspiré d’un court roman de Joyce Carol Oates, L’Amant double est l’aboutissement de cette dualité permanente. Côté spectacle, des références cinéphiliques évidentes : des jumeaux sortis de Soeurs de sang, de Brian De Palma, des entrelacs d’escaliers vertigineux, comme chez Alfred Hitchcock, des secrets derrière la porte, comme chez Fritz Lang, des animaux inquiétants à la Jacques Tourneur, et une voisine étrange et envahissante comme la sorcière de Rosemary’s Baby, de Roman Polanski. Emprunts assumés, magnifiés par une mise en scène volontairement voyante et sophistiquée, qui insuffle vite une douce mais suffocante sensation de malaise. La peur que l’on éprouve au début d’un cauchemar à peine amorcé, devant un danger présent, mais invisible. Tout se brouille, la réalité se dérobe, l’univers devient cotonneux, spongieux, visqueux presque…Une fois de plus, Ozon filme un parcours de femme. A l’opposé de celui, rassurant, entrepris par l’héroïne de Frantz, le périple de Chloé est cru, cruel, brutal. Jamais dans ses films précédents le cinéaste n’avait approché ses personnages avec une telle élégance froide, une telle précision clinique. Conforme, sans doute, à l’idée qu’il se fait de l’humanité souffrante : un monde de névrosés, cabossés et fragiles, séduisants et séducteurs, à jamais inguérissables…
You are my twinlover, my twinlifer. Biutiful day beside you..

 

Publié dans : Cinéma |le 2 juin, 2017 |Pas de Commentaires »

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