Archive pour janvier, 2017

Neruda…

A la fin des années quarante, le poète communiste chilien Pablo Neruda, amateur de femmes et de fêtes, est déclaré traître au régime populiste en place. Le président Vileda. Avec son épouse, l’exubérant Neruda, défenseur de la classe ouvrière, doit fuir, se cacher. L’inspecteur Oscar Peluchonneau se lance à sa poursuite. Il commente en voix off l’étrange jeu de cache-cache, des coulisses du pouvoir de Santiago à la cordillère des Andes. A chaque fois qu’il pense pouvoir attraper l’homme de lettres, celui-ci est déjà loin.

Neruda1

Neruda21   Lien vidéo

A la fin des années 1940, le poète communiste chilien Pablo Neruda est déclaré traître au régime populiste en place. Il doit fuir, se cacher… Cet épisode bien réel — du moins le début de la cavale, entre 1947 et 1949 — inspire au réalisateur Pablo Larraín un grand poème visuel, fait de scènes courtes, insolites, caustiques et rêveuses. Neruda se déguise et déclame des vers dans une soirée mondaine. Neruda se moque d’un adversaire politique dans une pissotière. Neruda s’échappe de sa cachette pour une nuit dans un bordel… C’est le comédien Luis Gnecco qui habite ce rôle écrasant, avec une légèreté, une rondeur et un charisme étonnants. Dans cet anti-biopic éblouissant, le cinéaste détricote tout et, d’abord, la figure du grand homme. Il s’agit moins de montrer les faits que les effets : l’imaginaire de Neruda, son impact sur tout un peuple, sa puissance créatrice s’échappent, débordent, truquent le réel, dévient la narration.

De Santiago 73, post mortem à El Club, en passant par No, on connaissait la noire dérision de Pablo Larraín, son goût pour les tranches d’humanité découpées au scalpel. S’il garde toute son ironie, s’il s’amuse, par moments, à déguiser son film en polar à l’ancienne, il se laisse aussi emporter comme jamais, enivré par le souffle épique du sujet. Là où la plupart de ses autres récits se tapissaient dans le froid et la pénombre, celui-ci est inondé de lumière rousse, vibre d’une chaleur romanesque. Sur ce tableau fantasque et libre d’une époque où les poètes étaient plus grands que la vie, où ils promettaient, avec une confiance effrontée, des lendemains fraternels, plane aussi l’ombre de la dictature.

Mes mots pleuvaient sur toi ainsi que des caresses.
Depuis longtemps j’aimai ton corps de nacre et de soleil.
L’univers est à toi, voilà ce que je crois.
Je t’apporterai des montagnes la joie en fleur des copihués
avec des noisettes noires, des paniers de baisers sylvestres.

Je veux faire de toi
ce que fait le printemps avec les cerisiers.
TQM

 

 

Publié dans:Cinéma |on 20 janvier, 2017 |Pas de commentaires »

Paterson…

Le titre du nouveau film de Jim Jarmusch, Paterson, réclame quelques éclaircissements : c’est d’abord le patronyme du personnage principal, joué par Adam Driver, c’est ensuite le nom de la ville du New Jersey, à une trentaine de kilomètres à l’ouest de New York, où celui-ci est né et exerce la fonction (très utile à la communauté) de chauffeur de bus. Enfin, Paterson est le titre du plus célèbre recueil du poète américain William Carlos Williams (1883-1963), « grand œuvre » publié sur plusieurs années au lendemain de la guerre, hymne à la ville où, lui aussi, il naquit et vécut. Dans Paterson (le film), Paterson (le personnage) adore Paterson (le livre). Car notre fonctionnaire de la RATP locale écrit aussi des poèmes, sur un carnet qui ne le quitte pas : des textes courts, une drôle de prose poétique, d’autant plus poétique qu’elle est prosaïque, concrète, étonnamment simple. Parmi les sujets de ses poèmes, l’amour qu’il porte à Laura, sa compagne, qui l’aime autant en retour : un couple de fable, à la vie incroyablement harmonieuse et ritualisée.

Paterson_(film)1  Paterson_(film)2  Lien vidéo

Rien que la vie qui passe

Tous les matins, Paterson se réveille à la même heure ultra-matinale, précédant sans peine son réveil; tout le jour, pendant qu’il transporte les « patersoniens », écoutant, derrière son volant, telle ou telle conversation qui le fait sourire et peut-être l’inspirera, Laura (interprétée avec charme et humour par Golshifteh Farahani) redécore leur maison, avec un goût si obsessionnel pour le noir et blanc qu’on la croirait sortie d’un film de Tim Burton. Ou bien, nouvelle lubie, elle s’invente un avenir très hypothétique de chanteuse country grâce à la guitare qu’elle s’est acheté par correspondance…

Avec eux, il y a Marvin, le bouledogue qui geint ou grogne, et que chaque soir, pendant la promenade vespérale, Paterson attache, comme un cow-boy attacherait son cheval, devant le bar où il a ses habitudes… Ni grandes peines ni grandes joies – à part celle d’aller voir au cinéma L’Ile du docteur Moreau (1932), avec Charles Laughton : « C’est si beau le noir et blanc, on croirait vivre au XXe siècle », s’exclame alors Laura. Pas de péripéties spectaculaires. Rien que la vie qui passe. Enfin, une idée de la vie…

Film-haïku

Magie généreuse, Jim Jarmusch rend cet humble quotidien infiniment plus séduisant que d’autres vies que la leur, qui seraient trépidantes et mouvementées. Sans jamais se départir d’une agréable cocasserie, le film exalte l’harmonie domestique, la sécurité rassurante des rituels. Il fait la somme des micro-bonheurs qu’apportent, érigés en habitudes, l’amour, l’amitié, le travail, la vie en communauté. Et l’écriture. Cette oasis de bonheur modeste serre le cœur, en empathie totale avec la voix grave du héros (Adam Driver finit par avoir des faux airs de Nanni Moretti), la dinguerie joyeuse de l’héroïne, les mimiques de Marvin. Elle émeut parce qu’elle figure une mesure en toutes choses, qu’on sait inatteignable

Wonderful sweet and quiet movie, simple life beside you i want, ily

Publié dans:Cinéma |on 6 janvier, 2017 |Pas de commentaires »

Theyounglife |
thegoodcritic |
Flamenco y Co... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Restructuration d'Espa...
| Festival Ado #5
| Histoiredelartedna