Manchester by the sea…

Séparée de son épouse Randi, Lee travaille comme concierge dans une ville aussi éloignée que possible de l’endroit où il a grandi. Sa vie est bouleversée quand Joe, son frère aîné, décède brutalement d’un infarctus. Dans son testament, Joe désigne Lee, dévasté par le chagrin, comme le tuteur légal de son neveu, Patrick, un jeune homme de 16 ans. Père de trois enfants, Lee n’est pas du tout préparé à cette nouvelle responsabilité. D’autant qu’elle implique un déménagement et un retour dans une ville où il a des souvenirs douloureux. Patrick, qui se partage entre deux petites amies et son groupe de rock, a dû mal à accepter son nouveau tuteur…Pour les Américains de la côte Est, Manchester by the Sea est un port de pêche et une station balnéaire. Mais pour le héros trentenaire, Lee, c’est un champ de ruines. Homme à tout faire dans une boîte de plomberie, en banlieue de Boston, il a fui le monde de sa jeunesse. A la mort de son grand frère, il doit pourtant reprendre en urgence la route de son village natal, où il est désigné tuteur de son neveu adolescent. Un voyage dans le passé commence : Lee revient sur les lieux de l’effroyable tragédie qui a détruit sa vie et l’a lesté à jamais d’un sentiment de culpabilité.

Manchester1  Manchester2   Lien vidéo

La beauté presque classique de Manchester by the Sea évoque ces drames destinés à un public adulte, que Holywood produisait encore jusque dans les années 1980, avec des Al Pacino, Dustin Hoffman, Robert De Niro…Casey Affleck (petit frère de Ben, qui se laisse étrangement oublier entre deux grands rôles) est l’acteur fascinant qui donne au film sa dignité. Alors que tout, rencontres et réminiscences, devrait provoquer des torrents de larmes ou des cris de douleur chez Lee, le comédien résiste, lointain, impassible. C’est une éthique de jeu (on l’a souvent vu ainsi intériorisé), mais qui, en l’occurrence, dessine un personnage endurci jusqu’à l’os, minéralisé par le chagrin, sans plaisirs ni désirs. Le contraste est saisissant avec l’expressivité de Michelle Williams (l’ex-femme de Lee), toujours au bord des pleurs derrière le masque de la résilience. La galerie des endeuillés recèle un autre spécimen passionnant : l’adolescent désormais sans père (l’excellent Lucas Hedges, vu chez Wes Anderson), dont Lee est supposé devenir le tuteur. Ce neveu se montre cynique, revêche, tout occupé à sa collection de copines et à une sexualité compulsive, avant une volte-face remarquablement imprévisible et émouvante, moment de bascule du récit… Car Manchester by the Sea dépasse la chronique d’un retour au pays. Au-delà de son ancrage réaliste — communauté de marins prolétaires, lumière hivernale —, c’est bien un conte. A la fois rugueux et lyrique. Ouvert sur le seul horizon que méritent tous ces personnages fracassés : la consolation.

Marvellous sensations beside you, another great souvenir, ily..

 

Publié dans : Cinéma |le 16 décembre, 2016 |Pas de Commentaires »

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