Archive pour octobre, 2016

I, Daniel Blake

Il avait laissé entendre que Jimmy’s hall, présenté à Cannes en 2014, serait son dernier film. Mais, à 80 ans, Ken Loach n’a pas pu baisser les armes. Pas encore. Il nous revient cette année en compétition avec toute sa colère, son empathie, son inébranlable humanisme. Sourd aux modes, aux effets de manche, aux postures cyniques. Moi, Daniel Blake marque les retrouvailles du réalisateur de Riff Raff, My Name is Joe ou Ladybird avec « son » Angleterre, celle des démunis et des oubliés. Ce peuple que plus personne, sauf lui, n’appelle la classe ouvrière. Les victimes de toutes les crises, de toutes les politiques de rigueur, tous ceux qu’il est désormais un peu seul, en son époque et son île ultra-libérale, à défendre ainsi, caméra au poing, sans marchander, sans jamais rien lâcher. Cet isolement, ce côté « dernier des Mohicans », imprègne le récit d’amertume, lui donne, bien plus que pour le film précédent, un air d’ultime et poignant baroud d’honneur.

MOI_DANIEL_BLAKE_1   MOI_DANIEL_BLAKE_2  Lien vidéo

Qui est Daniel Blake, sinon Ken Loach lui-même ? On le retrouve partout dans ce drame social, portrait d’un vieil « indigné » décidé à se battre jusqu’à son dernier souffle. Même si le combat est inégal. D’un côté, un charpentier veuf, que son cœur usé, malade, empêche désormais de travailler. De l’autre, une administration à demi-privatisée, rendue folle et perverse par sa chasse aux soi-disant « assistés », lui refuse toute indemnité, le prive de tout revenu. De coups de fil interminables en demandes contradictoires, de réponses obtuses en situations absurdes, le film nous accompagne dans un incroyable calvaire kafkaïen. On frôle souvent la comédie, tant le héros met d’énergie, de bonne volonté et d’humour désespéré dans la bataille. Tant sa description sur le vif, dans sa bonté, ses boutades, ses gestes quotidiens, nous le rend proche, attachant. Mais le cinéaste n’oublie jamais de nous rappeler qu’il est ici question de vie ou de mort. De la vraie faim et de la vraie misère, avec leur sillage d’exclusion, d’humiliations. Face à cette noirceur, cette impuissance, les personnages résistent comme ils peuvent, se fissurent ou s’effondrent, mais gardent une dignité bouleversante : Daniel Blake lui-même, – on rêve du prix d’interprétation pour le comédien Dave Johns -, mais aussi Rachel, la jeune mère célibataire et chômeuse qu’il rencontre par hasard dans les bureaux du pôle emploi local. Entre eux, se tisse une belle, une délicate histoire de solidarité, de fraternité humaine. Le dernier refuge d’une société plus juste, où les gens ne sont « ni des clients, ni des usagers… Juste des citoyens. »

What a great afternoon beside you, what an amazing movie, ilyP

 

Publié dans:Cinéma |on 28 octobre, 2016 |Pas de commentaires »

Poésia sin fin…

La mère d’Alejandro chante toujours ses répliques, comme dans La Danza de la realidad (2013). Et son père, après sa tentative dérisoire d’abattre un tyran, est redevenu un boutiquier qui humilie les pauvres et sa famille. Le héros, lui, a changé : adolescent exalté et chevelu, il renonce à ses études de médecine et veut devenir poète, à la fureur de papa qui ne voit dans les artistes, qu’ils soient peintres, romanciers ou comédiens, que des « pédés » .

Le cinéaste poursuit, avec Poesia sin fin, le récit burlesque, coloré, extravagant de sa vie. Il l’invente, la réinvente en une suite de trouvailles esthétiques, de scènes époustouflantes : le café Iris, par exemple, ce lieu gris aux clients endormis et aux serveurs cacochymes, où il rencontre, un soir, une créature échappée d’Amarcord de Federico Fellini : la poétesse Stella Diaz. Seins opulents et cheveux rouges, elle entame une liaison torride avec ce jeune homme qui l’idolâtre et se balade avec lui dans les rues en le tenant par les couilles – au sens propre du terme.

Poesia1Poesia2   Lien vidéo

D’autres silhouettes bizarres surgissent : le cousin amoureux d’Alejandro qui se suicide pour ne pas révéler son homosexualité à ceux qui le savaient déjà. Un gentil clown qui invite le héros en plein marasme à le rejoindre dans son cirque. Et l’ami de toujours, le compagnon de virées nocturnes et alcoolisées qui décide, un beau matin – à jeun ! – de traverser la ville droit devant, sans se soucier du moindre obstacle… On aime, aussi, la réplique, magnifique, d’un nain déclarant à son amoureuse aussi petite que lui, mais éprise d’un plus beau et d’un plus grand : «  Reste avec moi. Nous grandirons ensemble ». Le film exalte le cinéma magique, celui de Méliès, ses trucages naïfs et l’émotion qui les submerge. Jodorowsky s’en sert pour inciter les spectateurs de tous les films du monde à s’ouvrir à l’imaginaire. Aux fantasmes. A tout ce qui dépasse la réalité. Lors du dénouement, soudain présent sur l’écran, il force celui qu’il a été, jadis, à se réconcilier avec son père – ce qu’il n’a jamais réussi à faire dans la vie. C’est le rôle du cinéma de conserver le passé, de se réconcilier avec lui et, en un sens, de retrouver, comme le temps perdu de Marcel Proust.

Espérons que Dieu laissera le temps à «  Jodo », qui n’est plus tout jeune, de tourner le troisième volet de sa fresque autobiographique : on y verra Alejandro quitter son Chili adoré et dévasté, partir à la conquête de Paris, des surréalistes et d’André Breton…
Like should has write Pablo Neruda.. »Here i love you.. » always…

 

 

Publié dans:Cinéma |on 14 octobre, 2016 |Pas de commentaires »

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