Brooklyn Village….

Grève de la parole donc, pour Jake et Tony, qui à 13 ans sont les meilleurs amis du monde, depuis que le premier a déménagé de Manhattan à Brooklyn, à la faveur d’un héritage. Après le décès de son grand-père, ses parents viennent en effet de s’installer dans l’immeuble que celui-ci possédait, et qui héberge aussi une petite boutique de vêtements tenue par une femme d’origine latino-américaine, prénommée Leonor – la mère de Tony. Le conflit, élémentaire sur le papier mais d’une infinie complexité émotionnelle, se nouera autour d’un problème immobilier, une affaire de loyer augmentant dans un Brooklyn en pleine gentrification. Le sujet peut paraître ingrat mais c’est justement la force d’Ira Sachs de composer avec cette réalité mate pour en faire ressortir les quarante nuances (Forty Shades of Blue était le titre de son second long métrage).

Brooklyn1   Brooklyn2   Lien vidéo

Contrairement à son confrère Patrick Wang (In the Family, The Grief of Others), autre grand cinéaste cavellien (Stanley Cavell, grand philosophe du perfectionnisme moral), chez qui les questions domestiques se résolvent dans la longueur, par un travail (tout aussi fort) de ressassement et d’épuisement, Ira Sachs a tendance à couper le gras pour aller directement à l’os. Le premier favorise le cercle, le second s’épanouit dans la ligne, à peine fléchie, dans un cinéma de plus en plus précis, concis, limpide. Ce qui impressionne le plus dans Brooklyn Village, c’est la justesse et l’extraordinaire complexité du personnage de Leonor (Paulina García). Tout le casting est remarquable, notamment les enfants, et l’on ne dira jamais assez à quel point Greg Kinnear (Pour le pire et pour le meilleur, Deux en un, La Vie fantôme…) est un grand acteur sous-estimé, mais c’est bien la Chilienne (qu’on a pu apprécier dans Gloria de Sebastián Lélio) qui emporte le morceau. Reste finalement, au bord du champ de bataille, les deux enfants à l’orée de l’adolescence, victimes collatérales de cette sale guerre, qui trouveront dans l’art (l’acting pour l’un, la peinture pour l’autre) non pas matière à effacer la lutte des classes – la fin du film est d’une implacable lucidité là-dessus –, mais plutôt à la dépasser. Du moins à le tenter.

Journey in Brooklyn beside you, wonderful moment, one day we will walk in this town, ily

Publié dans : Cinéma |le 23 septembre, 2016 |Pas de Commentaires »

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