Archive pour mai, 2016

Julieta….

« Merci de ne pas me laisser vieillir seule » : Julieta, la cinquantaine, répète mot pour mot ce que son compagnon vient de lui dire, au milieu des cartons. Ils sont d’accord pour quitter Madrid ensemble, à jamais, et s’établir au Portugal. Mais en un instant, tout bascule : quelqu’un, dans la rue, parle à Julieta de sa fille, qu’elle n’a pas vue depuis des années. Comme d’autres rechutent dans l’al­cool ou la drogue, elle s’abandonne soudain à l’obsession de revoir son ­enfant, devenu une femme. Elle rompt avec son compagnon, se réinstalle seule à Madrid et replonge dans le passé… Les fans du Pedro Almódovar mature (disons depuis Tout sur ma mère) apprécieront cette superbe entrée en matière : après la parenthèse trop légère des Amants passagers, retour à l’intensité romanesque et au portrait de femme, avec la promesse d’une histoire gigogne, mélangeant les époques.

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Le train, théâtre de la première disparition, mais aussi de la première nuit d’amour, est un décor de cinéma par excellence, habité, ici, par les fantômes de HitchcockL’Inconnu du Nord-Express, La Mort aux trousses, Une femme disparaît… Almodóvar en tire des scènes magnifiques, proches du songe, avec vue sur la nuit hantée, à travers la vitre. Mais le train est aussi la métaphore du vrai sujet de Julieta : le passage du temps, la fugacité des liens, l’évanescence des êtres, qui apparaissent puis s’éclipsent de nos vies, parfois sans un mot. Non seulement l’héroïne voit, au fil du récit, se volatiliser son amoureux et sa fille, mais la chronologie affolée du film, avec ses flash-back, accélérations et ellipses, montre des personnages rattrapés par l’âge, les accidents et la maladie. Tout raconte que l’existence est une succession de pertes et d’adieux informulés.

A cette gravité, le maître espagnol donne, toujours, une traduction étrangement séduisante. Pour évoquer les années 1980 et la prime jeunesse de Julieta, il ressuscite la merveilleuse débauche chromatique de sa période Movida. Quand elle devient une autre femme, transformée par le chagrin et les remords, il passe d’une actrice (Adriana Ugarte) à une autre (Emma Suarez) dans la même scène, élégante et suave, qui rappelle les métamorphoses de Tippi Hedren dans Pas de printemps pour Marnie. Saisissante aussi, cette virtuosité à faire parler, instantanément, les lieux, telle cette maison de pêcheur, qui abritera le mariage de Julieta : d’emblée, c’est une image mentale, aussi attirante qu’annonciatrice de naufrages… Avec sa conclusion abrupte et amère, qui suggère une transmission de la culpabilité, le film s’éloigne des réussites consensuelles du cinéaste comme Parle avec elle ou Volver. Mais il fascine par cette alchimie entre la noirceur désenchantée du fond et l’éclat rédempteur de la forme.

Biutiful tender movie beside you. TQM

Publié dans:Cinéma |on 20 mai, 2016 |Pas de commentaires »

Dalton Trumbo…

En 1947, Dalton Trumbo fait partie des scénaristes respectés à Hollywood : son talent et sa rapidité en font un collaborateur recherché. Mais, c’est à cette époque que le sénateur Joseph McCarthy et le Comité des activités antiaméricaines se lancent à la poursuite des artistes hollywoodiens liés de près ou de loin au parti communiste. Dalton Trumbo et certains de ses amis font ou ont fait partie de ses sympathisants. Si certains se demandent s’il faut collaborer avec McCarthy, Trumbo, fervent supporteur de la liberté d’expression, s’y refuse catégoriquement. Ce qui pourrait mettre sa carrière en péril…Crépitement de machine à écrire. Bruits d’eau. Le scénariste Dalton Trumbo travaille dans sa baignoire. Clope au bec et lunettes sur le nez, trempant devant une planche en équilibre instable, surchargée de feuillets et de cendriers, il tape comme un forcené. C’est ainsi qu’on nous présente le grand homme, ainsi qu’on le reverra souvent : portrait de l’artiste en stakhanoviste tout-­terrain, débordé, mais jamais noyé… Dalton Trumbo est une figure historique comme en raffole d’habitude Hollywood, un vrai résistant, prêt à (presque) tout sacrifier pour ses idées, un bourreau de travail opiniâtre, surdoué, et, en définitive, victorieux de ses adversaires et de l’adversité.

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Reconnu coupable d’appartenir au ­Parti communiste américain, Dalton Trumbo écopa de onze mois de prison et, inscrit sur la liste noire des « traîtres » de Hollywood, perdit le droit d’exercer son métier. Il dut travailler dans l’ombre, utilisant prête-noms et pseudonymes, embauchant au passage sa famille pour livrer ses scripts. Ironie suprême : durant sa clandestinité, la profession lui décerna deux oscars sans le savoir (pour les scénarios de Vacances romaines, de William Wyler, et Les ­clameurs se sont tues, d’Irving Rapper).

Dans la peau de cet homme exceptionnel, à la fois attachant et tyrannique, rusé et intègre, Bryan Cranston (Breaking bad) tient le rôle de sa vie. On irait voir le film rien que pour son charisme, son énergie, son élégance narquoise, jusqu’au bout de la moustache. Autour de lui, ce drame, traité avec la fluidité, l’humour et l’éclat d’une ­comédie, ressuscite tout un monde où les célébrités échappent, comme par miracle, à l’habituel effet « musée ­Grévin ». On croise, côté ennemis, un John Wayne benêt et ultra conservateur, une Hedda Hopper (fameuse pasionaria de l’anticommunisme) toute en perversité doucereuse. Mais c’est dans le clan Trumbo qu’on trouve les plus beaux portraits : Edward G. ­Robinson, l’acteur blacklisté, forcé à la trahison, ou Kirk Douglas, qui, avec Spartacus, offre sa chance de réhabilitation au scénariste paria.

Paradoxalement, le plus poignant, le plus fort de tous ces personnages est celui qui n’a pas vraiment existé : un scénariste, combinaison imaginaire de tous ceux que l’hystérie maccarthyste a irrémédiablement détruits. Chacun de ces rôles est une aubaine pour les comédiens, servis par des ­répliques ciselées… et parfois authentiques. Comme cette phrase de Dalton Trumbo, lors d’un interrogatoire de la commission des activités antiaméricaines : « Il y a beaucoup de questions auxquelles il ne peut être répondu par oui ou non que par un imbécile ou un ­esclave. »

One more, a marvelous film beside a biutiful pretty girl from Holywood…

Publié dans:Cinéma |on 6 mai, 2016 |Pas de commentaires »

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