Archive pour février, 2016

Hail caesar…

Si elle était pleinement réussie, cette nouvelle farce des Coen serait une suite tardive de Barton Fink (1991). Après le Hollywood des années 1940, celui des fifties. Et toujours le même studio Capitole, faiseur de gloires et briseur de destins. Le point de vue est, cette fois, celui du « fixeur », puissant homme de main du patron, chargé de régler, par tous les moyens, les problèmes causés par les frasques des stars sous contrat. Barton Fink restait concentré sur son héros malmené. Ave César ! se disperse dans une pléthore de personnages. Il manque une tension, une dramaturgie pour les relier les uns aux autres, au-delà du seul « fixeur », que joue Josh Brolin. Le film, aussi mineur que fastueux (dans ses reconstitutions), se savoure donc par fragments. C’est presque une comédie à sketches, une succession de parodies des différents genres de cinéma usinés à l’époque.

Sans doute les auteurs ont-ils tort de placer tout au même rayon des antiquités charmantes : la guerre froide, avec la chasse aux sorcières communistes, le tabou de l’homosexualité des acteurs ou la place du religieux dans les films hollywoodiens : pour ces deux derniers sujets, les changements ne sont pas si considérables entre les années 1950 et aujourd’hui… Sans pertinence flagrante sur le fond, les Coen retrouvent leur brio dans la pure forme ou avec les détails comiques les plus furtifs : une intonation de Scarlett Johansson en reine des ballets nautiques, aussi grossière hors de l’eau que gracieuse quand ça tourne ; un trou de mémoire de George Clooney en empereur du péplum biblique, butant après une tirade monumentale sur le mot « foi ».

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Channing Tatum amuse en virtuose des claquettes surcoiffé, Tilda Swinton se dédouble avec délice en jumelles rivales, chroniqueuses acerbes, façon Louella Parsons. Mais le seul à transformer sa partition en mini-chef-d’oeuvre est le jeunot Alden Ehrenreich (découvert dans Tetro, de Coppola). Cow-boy attitré du studio, capable de tous les prodiges avec un lasso, le garçon peine lamentablement sur le tournage d’un film psychologique sophistiqué à la Cukor. A la fin, on aperçoit le résultat du façonnage complexe opéré par Hollywood pour sauver coûte que coûte sa prestation, et c’est joli comme tout. Là, les Coen glissent du ricanement bon enfant à l’hommage en règle.

It was the number 40, yes what a great and biutiful diner, movie, what a lovely smile, ilyP…

Publié dans:Cinéma |on 20 février, 2016 |Pas de commentaires »

La Terre et l’Ombre…

Ca commence comme dans un vieux western. Un homme plus tout jeune est de retour dans sa maison. C’est Don Alfonso, le mari de Dona Alicia, qui a abandonné sa famille dix-sept ans auparavant. Pourquoi revient-il ? Parce que son fils est très malade. Des champs de canne à sucre à perte de vue encerclent désormais la maison. Quand on la brûle, la canne dégage des cendres noires qui sont responsables de la maladie du fils. La femme de ce dernier et Alicia, pour survivre, se font exploiter par ceux-là même qui veulent leur mort. Alors elles coupent de la canne à longueur de journée, sans jamais être sûres d’être payées – scène magnifique où les ouvriers, épuisés après une journée de travail, se relèvent un à un pour aller aider les deux femmes à terminer leur carré. Petit à petit, Alfonso va retrouver l’affection des siens. Mais n’est-il pas déjà trop tard ?

Terre3   Terre2   Lien vidéo

La Terre et l’Ombre, essentiellement interprété par des non-professionnels, est un film très soigné, cadré, qui ne laisse rien au hasard. On pourrait parfois suspecter César Acevedo d’avoir tout fait, esthétiquement, pour plaire à un jury de festival de cinéma… Mais il s’en dégage une telle sincérité qu’il est impossible de ne pas y voir le chant désespéré d’un Colombien sur les siens. Un chant dont la sincérité, l’extrême sobriété et la beauté faussement sereine désignent sans ambages les crimes sans pitié du libéralisme anonyme.

Présenté à la Semaine de la critique en 2015, La Terre et l’Ombre remporta la Caméra d’or (le prix remis au meilleur premier film toutes sélections confondues). La présidente du jury, Sabine Azéma, eut ce commentaire : “Nous avons vu vingt-six premiers films et nous avons trouvé notre trèfle à quatre feuilles dans un champ de canne à sucre.”

I am the shadow of your smile, the shadow of your heart and i like so much this feeling. TQM

Publié dans:Cinéma |on 5 février, 2016 |Pas de commentaires »

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