Carol….

L’auteur de Loin du paradis renoue avec l’Amérique fifties des mélodrames de Douglas Sirk pour célébrer, avec une ferveur inédite, le miracle de la rencontre amoureuse. Entre extrême sensualité et chasteté absolue.

C’est avec cette recherche que renoue Carol treize ans plus tard, comme un deuxième round dans cette Amérique fifties peuplée de cœurs brisés, où Haynes doit jouer une carte à cheval entre passé et présent : faire corps avec le cinéma d’une autre époque, adopter son style, ses mœurs, ses gestes, et lui mettre le nez sur ce qu’il ne pouvait alors que suggérer – soit bien sûr l’homosexualité. Ici Therese (Rooney Mara), timide employée de grand magasin, croise Carol (Cate Blanchett), plus riche, plus âgée, déjà initiée aux vertus saphiques, et dès lors qu’elles se sont croisées, plus rien ne sera jamais pareil. Ici, tout ce qui importe est une sorte d’identification mutuelle de deux êtres qui se vivent comme liés, comme équivalents, comme se reflétant l’un l’autre et qui, pris dans la réfraction d’un étrange miroir inverse (brune et blonde, bourgeoise et ouvrière, initiée et ingénue), n’ont plus qu’à percer le mystère de leur gémellité, ne pouvant plus se quitter – ou plus exactement se quitter du regard, sans même forcément se toucher.

Du film, on ne retient que cette image, répétée plusieurs fois : Cate Blanchett et Rooney Mara se regardant fixement. Et le jeu des deux actrices est assez puissant et précis pour faire de la topographie de ce regard échangé un lieu étrange, riche, complexe : Therese regarde moins Carol que quelque chose de nouveau et d’intimidant en elle-même, se laissant totalement absorber par son intériorité (sa peur, son interrogation, sa douleur) ; Carol, elle, regarde mais savoure surtout l’émotion d’être à nouveau elle-même regardée, et sauvée, par un désir féminin. S’il ne valait pas mieux laisser parler le film de lui-même, il y aurait mille autres détails à relever dans ces moments suspendus.

Carol1  Carol2   Lien vidéo

Ainsi Carol est un film de rencontre amoureuse, mais surtout celui d’une communion, en un sens tout à fait spirituel, où le “coup de foudre” est véritablement pensé comme une apparition de l’ange, et la naissance de l’amour comme le début d’une trajectoire mystique et ascensionnelle. “Tu es tombée du ciel”, se répètent les deux héroïnes, sans oublier que l’une porte un nom de religieuse, et l’autre celui du mot anglais pour chant de Noël. Indices superflus quand nous nous trouvons déjà sous l’emprise du mouvement installé par la mise en scène de Haynes : mouvement circulaire, hypnotique, appliquant peu à peu une sorte de vertige, de rotation étourdissante des regards qui détache lentement les deux personnages du monde qui les entoure et les fait passer (comme c’était déjà, en un sens, le cas de cette autre Carol, dans Safe, il y a vingt ans) avec une suprême élégance du matériel à l’immatériel. 

I have found my biutiful redhead long time ago..and i am proud to know you

Publié dans : Cinéma |le 22 janvier, 2016 |Pas de Commentaires »

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