Archive pour janvier, 2016

Carol….

L’auteur de Loin du paradis renoue avec l’Amérique fifties des mélodrames de Douglas Sirk pour célébrer, avec une ferveur inédite, le miracle de la rencontre amoureuse. Entre extrême sensualité et chasteté absolue.

C’est avec cette recherche que renoue Carol treize ans plus tard, comme un deuxième round dans cette Amérique fifties peuplée de cœurs brisés, où Haynes doit jouer une carte à cheval entre passé et présent : faire corps avec le cinéma d’une autre époque, adopter son style, ses mœurs, ses gestes, et lui mettre le nez sur ce qu’il ne pouvait alors que suggérer – soit bien sûr l’homosexualité. Ici Therese (Rooney Mara), timide employée de grand magasin, croise Carol (Cate Blanchett), plus riche, plus âgée, déjà initiée aux vertus saphiques, et dès lors qu’elles se sont croisées, plus rien ne sera jamais pareil. Ici, tout ce qui importe est une sorte d’identification mutuelle de deux êtres qui se vivent comme liés, comme équivalents, comme se reflétant l’un l’autre et qui, pris dans la réfraction d’un étrange miroir inverse (brune et blonde, bourgeoise et ouvrière, initiée et ingénue), n’ont plus qu’à percer le mystère de leur gémellité, ne pouvant plus se quitter – ou plus exactement se quitter du regard, sans même forcément se toucher.

Du film, on ne retient que cette image, répétée plusieurs fois : Cate Blanchett et Rooney Mara se regardant fixement. Et le jeu des deux actrices est assez puissant et précis pour faire de la topographie de ce regard échangé un lieu étrange, riche, complexe : Therese regarde moins Carol que quelque chose de nouveau et d’intimidant en elle-même, se laissant totalement absorber par son intériorité (sa peur, son interrogation, sa douleur) ; Carol, elle, regarde mais savoure surtout l’émotion d’être à nouveau elle-même regardée, et sauvée, par un désir féminin. S’il ne valait pas mieux laisser parler le film de lui-même, il y aurait mille autres détails à relever dans ces moments suspendus.

Carol1  Carol2   Lien vidéo

Ainsi Carol est un film de rencontre amoureuse, mais surtout celui d’une communion, en un sens tout à fait spirituel, où le “coup de foudre” est véritablement pensé comme une apparition de l’ange, et la naissance de l’amour comme le début d’une trajectoire mystique et ascensionnelle. “Tu es tombée du ciel”, se répètent les deux héroïnes, sans oublier que l’une porte un nom de religieuse, et l’autre celui du mot anglais pour chant de Noël. Indices superflus quand nous nous trouvons déjà sous l’emprise du mouvement installé par la mise en scène de Haynes : mouvement circulaire, hypnotique, appliquant peu à peu une sorte de vertige, de rotation étourdissante des regards qui détache lentement les deux personnages du monde qui les entoure et les fait passer (comme c’était déjà, en un sens, le cas de cette autre Carol, dans Safe, il y a vingt ans) avec une suprême élégance du matériel à l’immatériel. 

I have found my biutiful redhead long time ago..and i am proud to know you

Publié dans:Cinéma |on 22 janvier, 2016 |Pas de commentaires »

Mia Madre…

Mettre en scène pour Moretti a longtemps été se mettre en scène. On a parfois oublié à quel point il fut un pionnier de l’autofiction cinématographique, dès la fin des années 70. Depuis quelques années, cette part de « journal intime » s’était un peu effacée, devant l’urgence de la crise politique en Italie et la perversité du berlusconisme. Mia Madre revient aux sources : le personnage principal lui ressemble comme deux gouttes d’eau. Il est cinéaste, il rouspète et s’inquiète, en proie au doute, fragilisé par la mort annoncée de sa mère, naguère enseignante de latin très estimée. Fait marquant : ce n’est plus Moretti qui interprète ce personnage obsessionnel et irascible, mais un alter-ego au féminin, Margherita Buy, comédienne devenue régulière, qui a tourné deux fois avec lui. On la voit ici en plein tournage d’un film autour d’une usine en lutte, avec des ouvriers refusant les licenciements. Dedans joue un acteur américain (John Turturro) qui s’avère vite très lourdingue, pas vraiment pro et capricieux. Entre les visites à l’hôpital pour voir sa mère, les insatisfactions liées au tournage, la fin d’une relation amoureuse, le quotidien de Margherita s’avère compliqué. On retrouve ici condensés des thèmes chers à Moretti : les épreuves de la vie face au travail, la difficile harmonie entre son désir individuel et le collectif, l’engagement et le désengagement. Ce qui est savoureux, c’est de voir l’auteur atrabilaire se donner le beau rôle : celui du frère discret, un brin mélancolique, mais dévoué, posé, rassurant, irréprochable presque. A l’opposé de la sœur, égotiste, capricieuse, et qui fait du mal aux autres avec ses angoisses.

Mia1   Mia2  Lien vidéo

Il y a des moments irrésistibles dans Mia Madre, comme cette scène maintes fois recommencée et loupée à chaque fois, de Turturro filmé au volant d’une voiture. Ou cette autre, où il est incapable de dire deux répliques simples comme bonjour. Mais ce qu’on préfère encore, ce sont ces moments de grâce où la caméra circule comme en rêve, dans les couloirs, l’appartement de la mère, arpenté, caressé comme un lieu riche de mémoire, rempli de livres, d’objets personnels chargés d’histoire. Des rêves ou des divagations, il y en a d’ailleurs, dont un magnifique, sur une ballade mythique de Leonard Cohen (Famous Blue Raincoat), où Margherita longe lentement une file de spectateurs qui semble infinie, devant un cinéma où l’on projette Les Ailes du désir de Wim Wenders. Moretti a bien fait de ne pas être au premier plan. En misant sur le face à face entre Marguerita Buy (toujours juste) et Guilia Lazzarini (une grande dame du théâtre italien), il parvient à témoigner de choses très personnelles, avec le souci constant de les recouvrir d’universalité. Tout ce qui touche aux premiers signes du déclin, au séjour à l’hôpital, aux souvenirs et à l’oubli, est traité de manière à la fois simple et sensible. Sans faux pas. A la fin, il est difficile de réprimer ses larmes. Les premières de ce festival.

Piangere lacrime bella raggaza, tu ti amo multo..

 

Publié dans:Cinéma |on 8 janvier, 2016 |Pas de commentaires »

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