Knight of Cups…

Knight of Cups est une nouvelle plongée mystique dans l’âme torturée d’un mâle américain. Reprenant la grammaire extrêmement libre de ses précédents films – absence de linéarité, rimes visuelles, voix off, envolées lyriques – ce septième long métrage traduit une continuité, mais aussi la radicalisation d’un système formel de plus en plus barré et intransigeant.
Le paradoxe pourrait provenir du fait que tout se passe dans le milieu des célébrités à Hollywood. Christian Bale y incarne un scénariste à succès, Rick, lassé de ses conquêtes féminines et de ses trophées professionnels. Rongé par un mal intérieur, cerné par une morne famille, il déambule dans un Los Angeles ultra glamour, de fête en shooting, de discothèque en grande plage californienne, cheveux au vent. Malick a déserté les grandes plaines – son terreau premier de cinéma, insufflant beauté et sauvagerie à La Balade sauvage ou Les Moissons du ciel – au profit de l’architecture factice de Hollywood. Cette rupture de paysage, qui constitue en soi une petite révolution dans sa filmographie, indique un désir de prosélytisme : ce n’est pas tout d’apporter un éclairage divin sur une famille américaine des fifties (The Tree of Life), puis sur un couple de l’Oklahoma (A la merveille) ; il restait à convertir l’industrie du cinéma et sa jungle de mirages et de tentations. Ce vœu d’évangélisation, qu’on a reproché à Malik, en partie pour son ton élégiaque, est passionnant articulé à sa charge contre Hollywood. A rebours de la satire de Cronenberg (Maps to the Stars), du thriller à la Schrader/Ellis (The Canyons), exhibant tous deux l’hideuse face cachée de L. A., Malick trace un parallèle, mixe les iconographies religieuses et celles du cinéma – ses stars, ses reflets, ses apparences trompeuses – dans un même maelström sidérant d’images. Voilà pourquoi le cinéaste est moins un théologien qu’un sorcier touillant une potion magique où gisent toutes les icônes.

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Parmi elles Natalie Portman, Cate Blanchett, et même Christian Bale apparaissent bizarrement sous-employés : mutiques ou filmés de dos, réduits à des rôles fonctionnels – voire des ombres. Malick, à sa manière, éreinte Hollywood en étouffant ses célébrités. A l’inverse, les autres personnages féminins portés par des semi-inconnues sont sublimés – venant grossir la liste des amantes de Rick/Bale : un top-model joué par la superbe Freida Pinto (vue dans des blockbusters type La Planète des singes), ou Teresa Palmer, dans le rôle d’une strip-teaseuse à qui est attribué le don de voyance. On pourra reprocher au film son sexisme, qui va de pair avec un héros vidé d’affect – le titre, référence aux cartes du tarot, désigne “le chevalier de coupes”, une figure frivole et infidèle. Rick se dissout dans une mémoire à l’état pur, dont Malick restitue la réalité immersive, distordue, par une caméra très intrusive et l’usage du fisheye. Pour accéder à la grâce, il lui faut dérouler le film de sa vie, en effeuiller toutes les images impures, dans un foisonnement fou, erratique. Et c’est bien ce chemin de croix qui nous importe, hypnotique et captivant.

Wonderful afternoon, we have flyed, found freedom and remember one and one equal two as us alone together, not twenty eight, ily..

Publié dans : Cinéma |le 27 novembre, 2015 |Pas de Commentaires »

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