Cemetery of Splendour…

Jenjira a beau être handicapée, elle trouve la force de se porter volontaire dans un hôpital militaire. Sur place, des soldats tentent de se débarrasser d’une maladie bizarre qui les plonge dans le sommeil. Jenjira veille sur Itt, qui ne reçoit jamais de visite. Elle découvre le journal intime du jeune homme, dont les pages regorgent de dessins étranges. Deux déesses font une incroyable révélation à Jenjira : l’hôpital est construit sur un ancien cimetière des rois. Les soldats seraient donc victimes des esprits et n’auraient aucun moyen de se débarrasser de leur maladie. Entre-temps, Itt retrouve ses esprits par intermittence et devient le nouveau fils de Jenjira..

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Grivois, facétieux, mais aussi profondément inquiet et hanté : l’univers du cinéaste renvoie à son enfance. Fils de médecins officiant dans un hôpital cerné par la forêt, il a grandi entre le scientisme de ses parents et un animisme très répandu en Thaïlande. La maladie, les remèdes, la guérison reviennent dans toute son oeuvre, dont Oncle Boonmee… (Palme d’or 2010), au milieu de visions, de chimères et autres spectres droit sortis de la jungle. Dans ce film-ci, les soldats endormis bénéficient d’une luminothérapie futuriste aux variations de couleur du plus bel effet. Et une médium, recrutée par l’hôpital, assure un dialogue entre ces patients silencieux et leur entourage…La jeune femme prétend accéder aux pensées secrètes du soldat veillé par Jenjira, au point de parler au nom du garçon. Tels les grands films qui explorent le monde onirique (Mulholland Drive et Inland Empire, de David Lynch, par exemple), Cemetery of splendour devient une sorte d’enquête dans un labyrinthe mental, où le spectateur garde le champ libre pour imaginer l’essentiel. Comme dans Tropical Malady, une strate de réalité en cache une autre, façon palimpseste. L’hôpital remplace une ancienne école (celle, jadis de Jenjira la bénévole), elle-même construite à la place d’un site mythique, peut-être la clé du mystère…Ce qui est beau, c’est que chacun veut connaître les songes de l’autre : « Dis-moi ce que tu vois », demande étrangement à Jenjira le militaire enfin réveillé, celui-là même dont elle cherchait à déchiffrer les songes. Non seulement le cinéaste exalte la contem­plation, et la perte de soi dans l’objet contemplé, mais il promeut magnifiquement l’empathie, le soin et le souci de l’autre. Sommet bouleversant du film : le léchage impromptu de la jambe douloureuse et monstrueuse de Jenjira par la médium, alors possédée par l’esprit du soldat…

On parle sans cesse, depuis quelques années, des feel good movies, ces films supposés nous faire du bien. Cemetery of splendour ne leur ressemble en rien, mais il pourrait revendiquer le label : il conduit à une forme d’hypnose, à ce bliss, cette béatitude émerveillée dont parlait Blissfully yours, premier film du cinéaste. S’endormir, oui, mais avec les yeux grands ouverts.

My eyes in your eyes, i see what you see…wonderful tender day…

Publié dans : Cinéma |le 5 septembre, 2015 |Pas de Commentaires »

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