Archive pour septembre, 2015

Youth….

Fred Ballinger et Mick Boyle, tous deux presque octogénaires, sont amis depuis très longtemps. Les deux hommes ont un autre point commun : ils font partie des prestigieux pensionnaires d’un hôtel de luxe situé au pied des Alpes. Fred, compositeur et chef d’orchestre, est bien décidé à ne plus travailler, malgré de sérieuses sollicitations. Mick, cinéaste, est, lui, bien résolu à poursuivre sa carrière et travaille au scénario de son prochain film. Les deux hommes sont par ailleurs confrontés aux problèmes de leurs enfants, dont les vies sentimentales sont compliquées.

Un jeune acteur hollywoodien (Paul Dano), fan de Novalis et malheureux de devoir sa célébrité à un rôle de robot qu’il méprise. Un couple sombre et taciturne, mais qui exprime bruyamment sa sensualité dans les forêts alentour. Une Miss Univers moins bête que prévu. Sans oublier Maradona (incarné par un sosie), de plus en plus obèse et essoufflé, arborant, sur le dos, un gigantesque tatouage de Karl Marx…Paolo Sorrentino va d’un personnage à l’autre, imaginant, autour de chacun, des saynètes révélant, en un éclair, la stupidité de l’un, la générosité de l’autre. Il observe ses héros avec la délectation d’un manipulateur, d’un entomologiste, d’un magicien. Il fait d’eux les pièces d’un puzzle invisible qu’il assemble peu à peu, presque à leur insu. Il y a de la hauteur dans sa démarche, de l’orgueil, aussi, et c’est précisément cette arrogance qui le rend détestable aux yeux de ceux qui n’aiment les cinéastes démiurges que lorsqu’ils sont morts (Welles, Kubrick, Hitchcock…). En fait, comme un grand moraliste, Sorrentino voit les gens tels qu’ils sont, mais les filme comme ils pourraient être — comme ils parviennent à devenir, parfois : le héros des Conséquences de l’amour rachetait sa vie ridicule par une mort honorable. Celui de La Grande Bellezza préservait, au coeur de sa dolce vita permanente, le souvenir d’un amour de jeunesse et, avec lui, sa pureté perdue.

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Youth3 Lien vidéo

 

Par instants, lorsque la petitesse domine, lorsque la vulgarité l’emporte, Sorrentino enrage. Il éructe. Ce n’est plus Fellini qui l’inspire, mais Robert Aldrich, dont les seuls mots d’ordre étaient, on s’en souvient : démesure, bouffonnerie et ricanements. Dans une scène tonitruante, que le cinéaste dirige avec une réjouissante brutalité, débarque une Jane Fonda grandiose, maquillée comme la Baby Jane d’Aldrich, venue expliquer au cinéaste à qui elle doit tout qu’il n’est plus rien : un dinosaure, un souvenir de cinémathèque, un crétin… Avec elle, durant quelques secondes, c’est la laideur qui triomphe. Alors que toute l’oeuvre de Sorrentino tente, avec une ferveur qu’il arbore comme une oriflamme, de prôner et de prouver la survie de la beauté. Qu’elle soit tapie au coeur des villes (Rome dans La Grande Bellezza). Ou dans ces silhouettes faussement dérisoires que le cinéaste aligne de film en film : dans Youth, ce serait, évidemment, ce Maradona ventripotent qui, soudain agile, touché par la grâce, fait rebondir sur son pied une balle de tennis qu’il envoie de plus en plus haut, vers le ciel…

Un film jeune, plein d’humour, des questions et de vie. Un grand moment de cinéma, un merveilleux instant tendre. Inoubliable

Publié dans:Cinéma |on 25 septembre, 2015 |Pas de commentaires »

Cemetery of Splendour…

Jenjira a beau être handicapée, elle trouve la force de se porter volontaire dans un hôpital militaire. Sur place, des soldats tentent de se débarrasser d’une maladie bizarre qui les plonge dans le sommeil. Jenjira veille sur Itt, qui ne reçoit jamais de visite. Elle découvre le journal intime du jeune homme, dont les pages regorgent de dessins étranges. Deux déesses font une incroyable révélation à Jenjira : l’hôpital est construit sur un ancien cimetière des rois. Les soldats seraient donc victimes des esprits et n’auraient aucun moyen de se débarrasser de leur maladie. Entre-temps, Itt retrouve ses esprits par intermittence et devient le nouveau fils de Jenjira..

Cemetery   Lien vidéo

Grivois, facétieux, mais aussi profondément inquiet et hanté : l’univers du cinéaste renvoie à son enfance. Fils de médecins officiant dans un hôpital cerné par la forêt, il a grandi entre le scientisme de ses parents et un animisme très répandu en Thaïlande. La maladie, les remèdes, la guérison reviennent dans toute son oeuvre, dont Oncle Boonmee… (Palme d’or 2010), au milieu de visions, de chimères et autres spectres droit sortis de la jungle. Dans ce film-ci, les soldats endormis bénéficient d’une luminothérapie futuriste aux variations de couleur du plus bel effet. Et une médium, recrutée par l’hôpital, assure un dialogue entre ces patients silencieux et leur entourage…La jeune femme prétend accéder aux pensées secrètes du soldat veillé par Jenjira, au point de parler au nom du garçon. Tels les grands films qui explorent le monde onirique (Mulholland Drive et Inland Empire, de David Lynch, par exemple), Cemetery of splendour devient une sorte d’enquête dans un labyrinthe mental, où le spectateur garde le champ libre pour imaginer l’essentiel. Comme dans Tropical Malady, une strate de réalité en cache une autre, façon palimpseste. L’hôpital remplace une ancienne école (celle, jadis de Jenjira la bénévole), elle-même construite à la place d’un site mythique, peut-être la clé du mystère…Ce qui est beau, c’est que chacun veut connaître les songes de l’autre : « Dis-moi ce que tu vois », demande étrangement à Jenjira le militaire enfin réveillé, celui-là même dont elle cherchait à déchiffrer les songes. Non seulement le cinéaste exalte la contem­plation, et la perte de soi dans l’objet contemplé, mais il promeut magnifiquement l’empathie, le soin et le souci de l’autre. Sommet bouleversant du film : le léchage impromptu de la jambe douloureuse et monstrueuse de Jenjira par la médium, alors possédée par l’esprit du soldat…

On parle sans cesse, depuis quelques années, des feel good movies, ces films supposés nous faire du bien. Cemetery of splendour ne leur ressemble en rien, mais il pourrait revendiquer le label : il conduit à une forme d’hypnose, à ce bliss, cette béatitude émerveillée dont parlait Blissfully yours, premier film du cinéaste. S’endormir, oui, mais avec les yeux grands ouverts.

My eyes in your eyes, i see what you see…wonderful tender day…

Publié dans:Cinéma |on 5 septembre, 2015 |Pas de commentaires »

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