Comme un avion…..

Michel, infographiste, est un quinquagénaire féru d’aviation. Admirateur de l’Aéropostale, il rêve chaque jour de s’envoler à bord d’un de ces engins formidables. Mais lorsqu’il découvre des photos de kayaks, il est tout de suite séduit par les lignes souples de ces canots qui lui rappellent le fuselage d’un avion. Après avoir acquis un kayak et s’être entraîné sur le toit de sa maison, il reçoit l’approbation de sa femme pour entreprendre une virée en solitaire sur une rivière inconnue. Au cours de son périple qui rompt totalement avec son quotidien et l’entraîne loin de chez lui, Michel multiplie bientôt les rencontres le long de la rive…Jusque-là, c’est le cadet des frères Podalydès, Denis, qui prêtait son talent de « comédien-français » à ces hommes fragiles et raisonneurs. Cette fois, c’est le cinéaste lui-même, Bruno, qui s’y colle, avec une puissance burlesque et poétique remarquable, chaînon manquant entre Edouard Baer et Alain Chabat. En s’offrant le premier rôle, il abandonne la veine truffaldienne (suivre Denis comme Truffaut suivait Léaud) pour l’autofiction façon Nanni Moretti — on jurerait qu’il a revu Journal intime avant de se filmer à deux-roues, écharpe blanche au vent. Puisqu’il s’agit d’une mini-Odyssée, notre Ulysse a sa Pénélope — Sandrine Kiberlain, lumineuse —, épouse compréhensive qui accepte le caprice comme on l’accepterait d’un grand malade ou d’un enfant. Et sur son chemin surgit Circé : elle a les traits plantureux d’une patronne de guinguette (jouée par une Agnès Jaoui libérée et facétieuse) et on ne peut lui échapper. Commencé par une sieste, poursuivi au rythme de l’escargot (de rivière), le périple s’immobilise : quoi que le voyageur tente, le destin le ramène sans cesse au bizarre havre de paix et de pure jouissance, où les femmes sont douces et l’alcool coule en abondance… Comme dans un conte, puisque cette échappée belle tient aussi du retour à l’enfance, avec le Manuel des Castors juniors comme guide, le kayakiste est victime d’un sort qui le scotche à une dolce vita champêtre et arrosée. On aimerait en connaître l’adresse.

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L’art de Bruno Podalydès est un mélange d’observation ludique du quotidien et de léger décalage, une poé­tisation du réel. En son coeur, ce personnage lunaire, qui monologue mezzo voce sur tout et rien, tente de se laver des songes noirs qui l’habitent (le récit pourrait aussi bien être le délire d’un dépressif mis en cure de sommeil), finira par toréer, seul, dans une prairie, avec une tente de camping pour muleta, avant de s’écrouler, vaincu par le plaisir — et l’absinthe. Autour de lui, une galerie de rencontres irrésistibles, collègue sympa mais pédant (Denis Podalydès), voisine nymphomane (Noémie Lvovsky), jolie routarde en carafe que la pluie fait pleurer (Vimala Pons), et autant de situations charmantes ou drôles, toujours inventives. Le rire ou le sourire sont voisins de la mélancolie à mesure que les déambulations s’accompagnent des voix de Bashung (Vénus) ou de Mous­taki (Donne du rhum à ton homme, Le Temps de vivre) : parce que cet hymne aux plaisirs simples, cette fable anti­stress, forme une parenthèse qui, forcément, se refermera. Le temps de (la) vivre, cela faisait des mois qu’on n’avait pas été aussi heureux, serein, complice au cinéma.

Un après midi gai à la pagaie , la vie qui s’écoule au fil de l’eau et des rires. Merveilleux voyage accompagné.

Publié dans : Cinéma |le 19 juin, 2015 |Pas de Commentaires »

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