La loi du marché…

Thierry Taugourdeau, la cinquantaine, enchaine les formations sans avenirs et les rendez-vous à Pôle Emploi depuis qu’il a perdu son travail. Entre les traites de l’achat de la maison familiale et les frais de scolarités élevés de leur fils handicapé, Thierry et son épouse ne s’en sortent plus financièrement. Pris à la gorge, Thierry accepte un poste de vigile dans un supermarché. Il est bientôt confronté à des situations difficiles…Au début, il proteste encore. Il est au plus bas, mais il râle. Toujours vivant. Toujours en lutte. Contre l’agent de Pôle emploi qui lui propose un stage qu’il devine aussi inutile que le précédent. Contre le sombre crétin qui veut lui acheter son mobil-home à bas prix. Contre l’entreprise qui, en dépit de bénéfices substantiels, l’a licencié, lui et les autres, il y a vingt mois. Les mots s’agitent, se bousculent : Vincent Lindon semble les ex-tirper de sa gorge, avec des hésitations, de brusques envolées et des pauses, comme si Thierry, son personnage, butait sur eux. Comme s’ils étaient devenus inutiles pour les gens de peu, les coeurs simples, dans un monde où ces derniers sont foutus, déjà. Broyés. Surnuméraires… Jadis on parlait de fatalité. Aujourd’hui, on évoque la loi du marché. C’est pareil, en moins noble.

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Et puis, un jour, il se tait… Toute l’humanité, toute la tendresse du film passent, alors, par le regard d’un acteur, devenu, avec le temps, l’égal des plus grands d’avant guerre : Gabin, bien sûr, auquel on l’a souvent comparé et à qui il ressemble de plus en plus dans son désir d’épure. Mais aussi Charles Vanel, injustement oublié, toujours incroyable de naturel, qu’il joue les notables ou les voyous. Vincent Lindon est de cette trempe : à la fois massif et léger. On aimerait le voir, désormais, élargir sa palette : aborder les rôles plus tourmentés, plus ambigus qu’il semble, à tort, refuser encore… Stéphane Brizé est un cinéaste qui colle à ses personnages, sa qualité principale est le réalisme : on a l’impression d’un flux continu d’images que la caméra saisit en longs plans-séquences, avec des comédiens (un professionnel et des amateurs) improvisant en toute liberté. Parfois, hélas, il ne résiste pas à solliciter ouvertement l’émotion : avec le fils handicapé de son héros, la délicatesse de Maupassant s’éloigne, le misérabilisme de Zola se rapproche…Mais sa sensibilité lui permet des scènes étonnantes. Toutes celles où Vincent Lindon observe ces hommes et ces femmes piégés qu’il est incapable d’aider. Jusqu’à cet affrontement effrayant entre une employée et son patron qui la cerne, l’accule, l’accuse d’avoir gardé pour elle — et non jeté, comme elle le devait — quelques misérables tickets de réduction

La Loi du marché est un film sur ces humiliés et ces offensés. Sur un système qui les pousse à s’humilier. Qui s’autorise à les offenser. C’est un film de combat. Une tragédie ordinaire.
Journée lumineuse et souriante, un film coup de poing, main dans la main

 

 

Publié dans : Cinéma |le 22 mai, 2015 |Pas de Commentaires »

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