Archive pour avril, 2015

Taxi Téhéran…

Le réalisateur Jafar Panahi s’improvise chauffeur de taxi. Il s’arrête une première fois pour un homme et une femme qui s’opposent sur la façon de traiter les criminels. La femme, plutôt progressiste, est d’emblée raillée par l’homme, qui ne souffre guère de devoir dialoguer avec elle et ses idées modernes. Ensuite, il doit s’occuper d’un homme qui se vide de son sang sur les genoux de son épouse éplorée, qui s’inquiète surtout de son propre sort si son mari venait à décéder. Un vendeur de DVD piratés s’invite dans le véhicule, reconnaît Panahi avant de l’emmener dans sa tournée de vendeur à la sauvette…

Ce taxi-là roule sans permis. Ce taxi-là n’est pas un taxi. C’est un plateau de cinéma clandestin, un camouflage monté sur roues, le véhicule d’un insoumis. Combien d’interdits l’Iranien Jafar Panahi (Le Cercle, Le Ballon blanc) brave-t-il en prenant lui-même le volant ? En installant une petite caméra dans l’habitacle ? Depuis 2010, pour avoir osé contester la réélection frauduleuse du président Mahmoud Ahmadinejad, le cinéaste n’a pratiquement plus aucun droit : ni ­parler en public, ni quitter le pays. Et surtout pas exercer son métier. Et pourtant, il tourne. Taxi Téhéran (Ours d’or au dernier festival de Berlin) est sa troisième oeuvre « illégale ». Mais c’est aussi la première fois qu’il s’échappe au-dehors depuis sa condamnation. Le documentaire Ceci n’est pas un film (2011) et la fiction Pardé (2013) étaient restés « assignés à résidence », huis clos où bouillonnait sa réflexion d’artiste censuré, claquemuré. L’intérieur d’une voiture est certes exigu, et prolonge délibérément la même sensation carcérale. Mais c’est un enfermement différent. Dans les rues bruyantes et les rocades bétonnées de Téhéran, Jafar Panahi retrouve le monde, son monde. Le voilà donc reconverti en chauffeur de taxi, qui ouvre ses portières à toute la société iranienne. ­Polémiques, négociations, bavardages, témoignages, embrouilles et même crises de panique : la voiture vibre comme une formidable caisse de ­résonance politique.

TaxiTEHERAN  Montage-Photo_Taxi-teheran   Lien vidéo

Panahi s’offre avant tout une virée introspective. Sous ses allures de savoureux conte persan — une sarabande de rencontres souvent drôles, parfois terribles ou poétiques, tel ce duo de vieilles dames superstitieuses et leur poisson rouge —, Taxi Téhéran est un autoportrait de l’artiste au volant. La forme même est à la fois ambiguë et révélatrice : fausses tranches de réalité volées en caméra cachée, vraies scènes de fiction. Une zone floue, à la lisière du documentaire, que le réalisateur aime occuper dans ses films : souvenez-vous de la fillette du Miroir, jeune actrice qui jouait l’actrice. Ici, beaucoup de passagers interprètent leur propre rôle. Mais, à travers chaque personnage, c’est sa propre place de cinéaste, de témoin et de ­créateur que questionne l’homme qui « conduit » le film. Quand il se retrouve complice malgré lui d’un vendeur de DVD à la sauvette, c’est pour mieux rendre hommage aux films interdits de Woody Allen ou Nuri Bilge Ceylan. Quand il offre un « frappuccino » à sa nièce adolescente, c’est pour l’observer se débattre — déjà — avec l’absurde censure imposée par la maîtresse, pour un film scolaire.

Expérience de cinéma vivifiante, limpide, Taxi Téhéran frappe aussi par sa modestie : non pas celle qu’impose la partie de cache-cache avec les autorités, mais celle, pleine d’autodérision, que l’artiste s’impose à lui-même, qu’on le voie en butte aux débordements de ses passagers ou constamment égaré dans les méandres de la ville. Il est peut-être le pire taxi de ­Téhéran, mais le prix de la course est inestimable

A wonderful, funny and serious balad in yellow cab  in Teheran. Smile and pleasure in your heart, so happy of that…

Publié dans:Cinéma |on 24 avril, 2015 |Pas de commentaires »

Shaun le mouton…

Shaun, un mouton malicieux, vit avec son troupeau dans la ferme d’un paysan sympathique et myope. Mais il décide de prendre des vacances. Il tente ainsi d’endormir le fermier et y réussit tellement bien qu’il perd tout contrôle de la situation et voit le pauvre fermier emmené loin de son exploitation. En compagnie de Bitzer, le chien de berger, et du troupeau entier, Shaun doit bientôt rejoindre la grande ville et opérer le sauvetage du fermier. Une mission délicate au cours de laquelle il va essayer d’empêcher le terrifiant Trumper, responsable de la fourrière, d’attraper les moutons égarés…

Tout est bon dans le mouton ! La laine, plus touffue et vaporeuse qu’une barbe à papa. Le drôle de museau noir, les oreilles mobiles et expressives, les yeux tout ronds… Grâce à ce spécimen « génétiquement » modifié par l’humour des studios britanniques Aardman (Wallace et Gromit, Pirates ! Bons à rien et mauvais en tout), la race ovine vient de faire un grand bond en avant. Cette ­duveteuse boule de malice et d’ingéniosité, les fans d’animation la con­naissent bien : depuis huit ans, Shaun est le tendre héros d’une série télé ­inventive. Avec ce long métrage sans paroles (uniquement quelques bor­borygmes et autres grognements hilarants), la bestiole triomphe dans une suite d’aventures qui l’emmène à toute ­allure de la ferme à la grande ville. ­Objectif : retrouver et ramener à la maison leur gentil fermier rouquin, devenu à la fois amnésique et coiffeur — parce qu’il ne se souvient plus que d’une chose : tondre et tondre et encore tondre..

Shaun das Schaf - der Film    Shaun The Sheep Movie First Look Still    Lien vidéo

Cette comédie d’animation est un régal : les décors urbains ou champêtres, aussi minutieux que variés, sont un délice visuel. Quant aux personnages, sarabande en pâte à modeler, plastique, tissu et autres trésors de bric et de broc, ils sont plus hilarants les uns que les autres : chaque mouton, du plus gras au plus minuscule, a une identité propre. Les autres — une chienne errante, un taureau furieux, un employé de fourrière psychopathe — jouent les excentriques dans cette histoire perpétuellement surprenante et rythmée. Côté gags, les créateurs, fans du « slapstick » et du burlesque de jadis, tirent dans toutes les directions : ils passent d’un instant l’autre du pur comique de situation (une mémorable scène de panique dans un restaurant chic) à de facétieux clins d’oeil cinéphiles. Aux grands frères Wallace et Gromit, bien sûr. A La Belle et le ­Clochard, aussi. Et nettement plus inattendu, au Silence des agneaux

Un après midi hilarant et tendre à poils laineux…Rires et sourires,  super

Publié dans:Cinéma |on 3 avril, 2015 |Pas de commentaires »

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