Archive pour mars, 2015

In the Crosswind…

En juin 1941, sur ordre de Staline, les familles estoniennes sont chassées de leurs foyers. Une jeune mère, Erna, est envoyée elle aussi en Sibérie avec sa fille, loin de son époux. Durant quinze années, elle ne cesse d’écrire à son mari pour lui raconter leurs vies ponctuées de doutes, de peurs, de misère et de solitude, tout en caressant l’espoir de pouvoir un jour le retrouver…

Scène de déportation, en 1941, dans l’Estonie sous occupation soviétique. Gardés par des soldats russes, des camions déversent les prisonniers. Des fusils tendus, des corps qui chancellent, des enfants emmitouflés à la hâte, des regards hantés. Peu à peu, l’image révèle une foule immense, une procession d’étreintes et d’adieux, poussée vers la gueule béante de wagons à bestiaux. Tourmente, chaos. Pourtant, personne ne bouge. A peine un battement de cils, un frémissement d’étoffe. Seule la caméra se déplace, glisse au milieu de ces statues humaines, comme victimes d’un sortilège. Pour évoquer l’une des heures les plus noires de l’histoire de son pays, l’Estonien Martti Helde a fait un pari esthétique passionnant, radical : noir et blanc et suite presque ininterrompue de tableaux vivants, chorégraphies immobiles de la souffrance…Ce que cherche — et trouve — le cinéaste, avec son dispositif singulier, c’est une approche radicalement différente de la tragédie historique, un peu comme lorsque Peter Watkins se réappropriait les événements de la Commune de Paris. Ni documentaire, ni reconstitution romanesque, Crosswind travaille la matière même de la mémoire. Les victimes, immobilisées, semblent littéralement figées dans le temps. Sidérées. Prisonnières de ce viol psychique si souvent évoqué par les rescapés de tous les camps. Contempler ces fresques humaines, en relief et en profondeur, c’est entrer, de manière presque fantastique, dans une photographie d’époque. Et réfléchir à notre propre rapport aux archives, aux témoignages. Entre empathie et distance. Entre l’Histoire et notre imaginaire.

Crosswind               Crosswind1  Lien vidéo

En excluant tout autre mouvement que celui de la caméra, le film force notre regard. Il nous détourne de notre routine de spectateurs, nous emmène droit dans le décor, parce que ce théâtre humain et géographique prime sur tout le reste. L’approche, volontairement déstabilisante, détonne jusque dans sa splendeur incongrue, insolente, avec ces images brillantes, très contrastées, qui rendent les corps presque palpables. La puissance d’évocation de ce premier long métrage est incroyable : la scène magnifique où, en Sibérie, un groupe de femmes trime dans un champ boueux ressemble au négatif parfait d’une affiche de propagande soviétique. Avec Martti Helde, la beauté redevient essentielle.

A la croisée des vents du Sud au Nord, une formidable histoire d’amour et une leçon de vie paratagées sous le crachin d’un porche d’Hotel..Magnifique puissance de l’image, merveilleuse après midi de regard et de silence..

 

 

Publié dans:Cinéma |on 13 mars, 2015 |Pas de commentaires »

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