Archive pour février, 2015

Birdman….

Le film d’Inarritu, qui détaille en profondeur les effets du show business sur la santé mentale d’un acteur-metteur en scène, est un éblouissant tour de force technique et artistique qui vient de triompher aux Oscars. Oubliez la bande-annonce, qui donne une fausse impression à la Brazil, avec son personnage principal évadé dans un monde imaginaire. Il y a un peu de ça, mais en substance, Birdman traite du sujet classique des rapports conflictuels de l’acteur avec la réalité, le tout dans un contexte très contemporain et sous une forme quasi expérimentale. On y suit Riggan Thomson, un acteur qui a connu son heure de gloire en jouant un super héros il y a une vingtaine d’années, et qui essaie de faire un come back en montant à Broadway une pièce de Raymond Carver.

Ce qu’en fait Inarritu est bien sûr un film sur les acteurs : il y est question de célébrité, de sa nature éphémère, des illusions et des déceptions qu’elle occasionne. Plus généralement, il est aussi question de la douloureuse confrontation entre ambition et réalité, et aussi, comme l’indique la pièce de Carver qui est au centre du film, du besoin d’être aimé, avec tout ce que ça comporte de difficultés et de faux pas. Il y a aussi une dimension satirique qui permet à Inarritu de régler ses comptes avec la presse et le cirque médiatique en général. Mais il le fait avec lucidité et une certaine tendresse, sans l’ironie, les sarcasmes et la misanthropie d’un Robert Altman auquel on peut parfois penser (peut-être parce qu’Altamn a lui aussi adapté Carver).

Pour coller à la nature très théâtrale de cette histoire qui se déroule durant les quelques jours précédant la première représentation de la pièce, Inarritu a conçu et écrit son film comme s’il se déroulait en temps réel. Chaque scène est donc un long plan-séquence qui raccorde au suivant sans coupure apparente. Techniquement, ça a dû demander un travail d’équipe colossal, et particulièrement éprouvant pour les acteurs.

Birdman  Lien vidéo

Acteurs stupéfiants et trouvailles extraordinaires

De ce point de vue, la distribution est impeccable. Michael Keaton était l’homme idéal pour incarner ce has been ravagé par le doute. En incarnant Batman pour Tim Burton il y a 20 ans avec un succès planétaire, il a contribué à lancer l’industrie du blockbuster de super héros. En tant que Riggan Thomson, il est présenté comme potentiellement fou, et Inarritu nous invite à partager ses hallucinations en nous donnant toujours des clés pour faire la part du vrai et du faux, même dans certains cas délicieusement ambigus, comme lorsque l’acteur principal de la pièce est victime d’un accident, que Thomson est persuadé avoir provoqué. Edward Norton joue un acteur plus jeune, très doué, mais incontrôlable et égocentrique, une menace pour Thomson qui n’en est que plus déstabilisé. On retrouve aussi Emma Stone, fille de Riggan qui sort juste de désintoxication et apporte un point de vue intéressant en révélant à son père avec une franchise cruelle que les mécanismes de la célébrité ont complètement changé avec les nouveaux réseaux sociaux. Elle est extraordinaire, et la mise en scène en plans-séquence lui permet d’exprimer en très peu de temps une stupéfiante variété d’émotions.

Birdman1

Le fidèle directeur de la photo Emmanuel Lubezki (aidé de Rodrigo Prieto pour la seconde équipe) s’est plié à la nouvelle discipline prescrite par Inarritu et s’en est sorti magistralement. En plus d’avoir déterminé la bonne façon d’éclairer, il a su trouver aussi la bonne place et la bonne distance pour suivre l’action qui bouge constamment dans une apparente unité de lieu. Le décor, qui reconstitute l’intérieur du St James theater à New York, a été modulé en fonction des besoins : parfois, la longueur des couloirs était calculée pour laisser aux acteurs qui les parcouraient le temps nécessaire pour dire certaines répliques. Parfois leur forme et leurs dimensions variaient (devenant de plus en plus courts et étroits) pour refléter l’état mental de Riggan Thomson.

A défaut de recourir au montage classique pour moduler le rythme du film, Inarritu a fait appel à un batteur qui donne la cadence des états émotionnels de Riggan. Cette solution purement musicale est une des nombreuses trouvailles de ce film extraordinairement stimulant, qui demande plus d’une vision pour être apprécié dans toute sa richesse.

Un film sur coussin d’air, le ressentiment d’être sur scène au milieu d’ acteurs formidables, aux dialogues ciselés et drôles, une histoire inclassable, dont la mise en scène et la réalisation appartiennent à un génie du cinéma,  un après midi formidable, génial…trotrobien

Publié dans:Cinéma |on 27 février, 2015 |Pas de commentaires »

Félix et Meira…

La vie de Meira est réglée, codifiée, ritualisée. Félix, lui, est flottant, désinvolte, il vit dans une liberté qui confine à la vacance. Ces deux-là habitent le même quartier de Montréal. Mais ils pourraient aussi bien être dans deux systèmes solaires différents : elle parle yiddish, elle est mariée, mère d’une toute petite fille, appartient corps et âme à la communauté juive ultra orthodoxe de la ville. Lui, francophone, québécois pur sirop d’érable, est l’héritier rebelle et prodigue d’un riche bourgeois, longtemps détesté, qui vient de mourir. C’est ce deuil difficile qui, contre toute attente, pousse l’athée tourmenté à aborder cette passante farouche, planquée sous sa perruque et ses vêtements noirs. Félix a des questions sur Dieu, sur la mort, et beaucoup de temps libre. D’abord réticente, Meira se laisse peu à peu apprivoiser. Parmi les histoires d’amour impossibles, celle-ci est l’une des plus délicates, des plus sensibles qu’on ait vues depuis longtemps. Le réalisateur suit, sans se presser, sans jamais caricaturer, la discrète mais inexorable échappée belle d’une femme hors de son carcan natal. Il sème, l’un après l’autre, les infimes indices de sa rebellion
Félix et Meira, Affiche  Lien vidéo

Ce lien entre Félix et Meira contre l’ennui, l’immobilité et la mort, les pousse vers une vie désirée, mais incertaine. Le film est d’autant plus émouvant qu’il se fonde sur un échafaudage d’instants minuscules, de transgressions furtives : des regards qui osent se croiser, un pas de danse, une perruque qu’on finit par ôter, dans un moment d’une intimité inouïe. Pour soutenir cette mise en scène, il fallait des interprètes à la hauteur, capables de vibrer en sourdine : Martin Dubreuil et son attachante bouille de clown triste et Hadas Yaron, dont la beauté sensible et enfantine semble éclore, peu à peu, sous nous yeux.
La communauté hassidique de l’extrême à ultra extrême.
On les reconnaît à leurs vêtements, souvent un peu trop sobres pour de si jeunes femmes, et à ces cheveux synthétiques qui camouflent discrètement leurs boucles lustrées. Il y a aussi le groupe d’enfants à leurs trousses; des enfants par dizaines,. Même si elles sont moins stigmatisées que les hommes de leur religion, leur bonheur spirituel leur permettant de passer outre l’ignorance et le contraste face à la modernité est particulièrement saisissant.
Le quotidien des Juives hassidiques est un isolement presque total. Les principes de Shidduch, c’est-à-dire la tradition du mariage « arrangé », sont toujours pratique courante, et les relations sexuelles avant le mariage sont interdites. Elles ne peuvent pas exhiber leurs cheveux à d’autres yeux que ceux de leur mari (elles portent donc des perruques dès qu’elles passent le seuil de la porte), elles portent des vêtements très couvrants, même en pleine canicule, et elles font des enfants beaucoup d’enfants tant que leur corps le leur permet.
Un après midi emplie de paix, de retenue, magnifique journée…Shalom…
Publié dans:Cinéma |on 6 février, 2015 |Pas de commentaires »

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