Near Death Experience…

Paul, employé chez France Télécom, marié et père de deux enfants, et qui un jour se barre de chez lui sans prévenir, sur son joli vélo de course. Son but : se suicider dans la montagne. Seulement ce n’est pas si facile que ça, et l’expérience loin de la civilisation va durer deux-trois jours. Le temps de comprendre qu’il déteste la nature et qu’il a toujours été très attentif à la qualité de ses canapés. Pendant ce retrait du monde, Paul va soliloquer (dévoilant une vision du monde aussi noire que lucide, aussi drolatique que désespérée), reconstituer sa famille avec des tas de pierres (hommage ironique et évident au grotesque monolithe de Kubrick) afin de leur dire ce qu’il n’a jamais su ou pu leur confier.

Paul ne voit plus aucun intérêt à vivre. Et finalement nous non plus dans les conditions qu’il indique : un boulot d’esclave, son peu d’intérêt pour le sexe, une société de consommation qui fait de lui, à seulement 56 ans, un rebut inutile tout juste bon à descendre des cubis de mauvais vin rouge, etc…Le cinéma de Kervern/Delépine a évolué en six films. Aaltra (2004) et Avida (2006) étaient des films sous influence kaurismakienne assumée, avec un goût pour les freaks rigolos et si humains. Avec une fascination qui devenait
parfois complaisante (Louise-Michel). Near Death Experience va au-delà du rire. Paul n’est pas sympathique. Le film joue constamment sur le fil ténu entre la compassion du spectateur à l’égard de ce type malade (sans doute atteint d’un cancer du poumon), et l’identification avec sa misanthropie : oui, nous vivons dans un monde absolument horrible qui ne donne plus sa chance qu’à ceux qui n’en ont pas besoin : les forts.

neardeathexperience   Lien vidéo

Houellebecq ne va pas fort, c’est maintenant écrit sur sa gueule. Ses dernières apparitions le montrent vieilli ou malade, le visage ratatiné, sans dent, le regard autre. Plus que transformé, il est méconnaissable — on en viendrait à penser, malin comme il est encore, qu’il s’est éclipsé ailleurs en mettant un sbire à sa place. Il est donc devenu ce personnage public de dandy hors catégorie, exonéré de posture, que tout le monde s’arrache désormais comme une mascotte. Après le clip avec Jean-Louis Aubert et L’Enlèvement de Michel Houellebecq, de Guillaume Nicloux (vu il y a peu sur Arte), le voici cette fois tout seul ou presque devant la caméra de l’ex-duo grolandais (auteurs de Mammuth et du Grand Soir). Au contact de l’écrivain star, l’humour noir et provocateur des deux zozos se radicalise. Fini la destruction, on passe à l’autodestruction. Quand Houellebecq dit « J’ai toujours été très rigoureux, et même autocratique, sur le choix de mes canapés », c’est drôle en soi, mais surtout, grâce à ce ton qui n’appartient qu’à lui, flegmatique, presque enfantin. Un corps d’acteur « spécial », un paysage semi-aride et quelques lignes de monologues existentiels marmonnés en voix off : voilà, grosso modo, à quoi se réduit cet ovni, brut de décoffrage, à l’image souvent floue, narrant une dérive suicidaire.

On the road of life, alone together..

 

Publié dans : Cinéma |le 13 septembre, 2014 |Pas de Commentaires »

Vous pouvez laisser une réponse.

Laisser un commentaire

Theyounglife |
thegoodcritic |
Flamenco y Co... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Restructuration d'Espa...
| Festival Ado #5
| Histoiredelartedna