La femme des steppes, le flic et l’oeuf…

Chronique insolite d’une femme en Asie centrale. Un rare film mongol, aussi étrange que son titre, où une bergère indépendante et maligne donne une leçon de vie à des hommes malhabiles. Quand le corps d’une femme dénudée est découvert au milieu des steppes mongoles, la police convoque une bergère solitaire pour seconder un jeune flic laissé sur place durant la nuit pour veiller le cadavre. Ces quelques heures vont chambouler leur vie, alors qu’un vieil ami de cette femme indépendante tourne autour d’elle, sans vraiment s’engager.

Commençant comme un thriller avec l’esquisse d’une enquête policière, l’intrigue part totalement ailleurs. Cet ailleurs, c’est la Mongolie que Quanan Wang filme avec contemplation, dans des plans qui exaltent une horizontalité à perte de vue, aux couleurs changeantes, dominées par la blondeur de la steppe, des ciels indigo, des couchers et des levers de soleil fascinants. Cette horizontalité dominante rappelle les westerns de Sergio Léone, que l’on retrouve dans une musique évoquant parfois Ennio Morricone, mais aussi dans le titre français qui renvoie au Bon, la brute et le truand.

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Mais le ton westernien lorgne aussi du côté de Star Wars, où l’aridité des steppes de l’Asie centrale se substituerait aux sables de la planète Tatooine, et où un magnifique chameau rappelle les Banthas, bêtes de somme des Tuskens dans la saga. C’est dire si l’exotisme est de mise. Un dépaysement total que l’on retrouve dans les personnages, et la bergère en tête. Célibataire qui s’occupe de ses moutons et de ses chevaux en milieu hostile, elle s’est forgée un tempérament indépendant, non dénué de charme pour les hommes qui l’approchent.

Comme régulièrement dans le cinéma asiatique, ces derniers sont dénués de maturité, niaiseux, obnubilés par l’alcool et le jeu. Elle, en revanche, maîtrise son environnement et fait preuve d’une sagesse qui rivalise avec leur virilité de surface. Une maîtresse femme. Et l’œuf ? On le laissera découvrir au spectateur. Ils sont deux en fait, un très ancien et un nouveau. Ils répartissent l’ancestralité ethnique dans laquelle s’enracine la bergère, d’une part, et le renouveau vers lequel elle tend, d’autre part. Magnifique.

Wonderful, quiet, lesson of life, one more moment delicious and lover beside you, ILY

Publié dans : Cinéma | le 4 septembre, 2020 |Pas de Commentaires »

The Climb….

The Climb  met en scène un duo d’amis d’enfance, Kevin et Mike (du nom des deux scénaristes) dont la relation se tend, se détend et se distend au fil du temps qui passe. Comme souvent, c’est l’amour qui vient s’immiscer entre les deux amis : dès la première scène, l’ascension d’une côte à vélo dans la région niçoise, Mike avoue à Kyle qu’il a déjà couché avec sa fiancée. Rapidement, on s’aperçoit que Mike l’épouse à la place de son ami, provoquant une première rupture brutale de leur amitié. Pourtant, de drame en fêtes de famille, les routes de chacun deux hommes se croisent et se recroisent à nouveau.

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Il fonctionne comme une comédie de potes, un buddy-movie dépourvu de potacherie et porté par la personnalité lumineuse de ses deux interprètes. Avec pudeur, Covino y multiplie les scènes comiques tendres et décalées, basée sur la passivité et la gêne des personnages. C’est un film extrêmement lent et doux qui repose beaucoup sur les dialogues d’apparence triviaux entre ses protagonistes, un peu à la manière d’un Noah Baumbach moins new-yorkais, finalement. Au son d’une excellente bande originale, tout en kitsch et en douceur (on y trouve notamment du Jacqueline Taieb et du Gilbert Bécaud), le cinéaste trouve la note juste pour accompagner son film tourné principalement en plan-séquence. C’est un parti-pris original pour une comédie de ce genre, la technique étant plus souvent l’apanage de films d’action plus brutaux et moins bavards.

Le travers de ce choix de réalisation, c’est que Covino se retrouve régulièrement à filmer des décors vides de personnages – magnifiques ceci étant dit – voire des protagonistes de dos. Difficile de lui en tenir rigueur cependant, tant les mouvements de caméra sont maîtrisés. Jamais un écart brutal, jamais une faute de goût, les plans-séquences s’enchaînent comme autant de scènes de vie tragicomiques qui alimentent une amitié longue de plusieurs (dizaines) d’années. On possède tous cet ami d’enfance un peu perdu de vue, qu’on recroise souvent et vers lequel on revient toujours, malgré les difficultés. C’est à ce genre de relations, à ces amitiés qui triomphent de tout, y compris des sales coups les plus sordides, que ce film est dédié. Et c’est très bien fait.

Great, amazing movie beside you always class, young, beautiful. Sunny day. ILY

Publié dans : Cinéma | le 7 août, 2020 |Pas de Commentaires »

Histoire d’un Regard…

Comment tirer le portrait du portraitiste, lui qui a pour habitude de se dérober derrière ses modèles ? A fortiori comment le faire en son absence, quand celui-ci est mort depuis longtemps ? La documentariste Mariana Otero (Entre nos mains, L’Assemblée) répond avec Histoire d’un regard, son dernier long-métrage, consacré au photographe Gilles Caron (1939-1970), de la plus belle des manières. Elle plonge au cœur de ses œuvres, pour faire d’elles la matière première du film et poursuivre leur trame secrète, où se dessine quelque chose du cheminement et du geste singulier de l’artiste. Mais aussi, peut-être, du secret de son absence.

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Une certaine discrétion caractérisait, semble-t-il, la personnalité de Gilles Caron, photoreporter pour l’agence Gamma disparu en 1970 au Cambodge à l’âge de 30 ans. C’est de ce retrait que part Mariana Otero : alors qu’on lui doit certaines des photographies les plus célèbres de la seconde moitié des années 1960, dont certaines habitent la mémoire collective (le sourire narquois du jeune Daniel Cohn-Bendit opposé à un CRS en mai 1968), son nom reste peu identifié du grand public. Durant sa courte période d’activité (1964-1970), Caron est monté au front des conflits et événements les plus significatifs de son temps, du Vietnam au Biafra, de la guerre des Six-Jours à la fin du « printemps de Prague ». Ses images resplendissent de présences humaines intenses, saisies la plupart du temps dans le feu de la lutte ou la fugace parenthèse d’un regard éloquent.

Subjective et objective à la fois, la quête de Mariana Otero est tissée d’intuitions et de rencontres, de réflexions personnelles et d’observations (dans tous les sens du terme). Elle refabrique un monde, nous y entraîne. À notre tour, nous sommes happés. Il y a quelque chose d’haletant dans cette enquête, dont on sait qu’elle n’aboutira pas à la vérité (contrairement à Histoire d’un secret, dont la révélation était portée par des témoins proches), mais à des sentiments forts d’empathie et de compréhension. Mariana Otero a une façon bien à elle de regarder à travers sa caméra et de saisir le réel, sa beauté, sa pureté. Et dans les images de Gilles Caron, l’humanité est toujours la plus forte. Même au cœur de la guerre et de l’inhumanité. Que ces deux-là se rencontrent était chose logique. Histoire d’un regard ne pouvait qu’être juste, beau, bouleversant.

Wonderful documentaire, amazing movie and great pleasure to be beside you like usuaul, ILY my lady

Publié dans : Cinéma | le 21 février, 2020 |Pas de Commentaires »
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