Supernova…(Je vous serre fort ?)

Tusker (Stanley Tucci) et Sam (Colin Firth), ensemble depuis très longtemps, viennent à peine d’amorcer leur soixantaine que la maladie s’infiltre insidieusement dans leur amour. Quand on voit les deux hommes parcourir les routes de la campagne anglaise dans leur véhicule récréatif, rien ne semble pourtant annoncer l’inéluctable échéance. Les mots d’esprit, les petits gestes intimes anodins, la complicité naturelle, établie au fil d’une relation construite sur des décennies, tout est là, bien perceptible. Sans en glisser mot, les deux amoureux ont cependant pleinement conscience du caractère définitif de cette randonnée au cours de laquelle ils rendent visite à des parents et amis. Tusker, on l’apprendra vite, est atteint d’une maladie dégénérative qui, il ne le sait que trop douloureusement, le laissera bientôt sans mémoire. Et qui fera de Sam un inconnu à ses yeux.

Super1 Super2   Lien vidéo…

Habilement, Harry Macqueen emprunte le point de vue de l’un et de l’autre. Tusker, écrivain américain installé en Angleterre depuis longtemps – par amour pour Sam, sans doute –, tient à prendre possession de sa maladie à sa façon et ne veut surtout pas devenir un poids pour son conjoint. Sam, pianiste de concert qui ne joue plus très souvent, compte prendre soin de celui qu’il aime jusqu’au bout, tout en commençant, malgré lui, à faire le deuil de celui qui partage encore sa vie.

Supernova ne comporte pas d’effets dramatiques spectaculaires, mais le cinéaste ponctue son récit de scènes qui traduisent de beaux – et touchants – moments de vérité. Sans jamais rien bousculer, il orchestre une mise en scène où les personnages prennent le temps de se déposer. Avec les superbes images de Dick Pope, qui a notamment signé la photographie de Mr. Turner pour Mike Leigh (un cinéaste avec qui Pope travaille souvent), ce long métrage se distingue aussi grâce à sa beauté formelle. Cela dit, le plus grand atout dont dispose Supernova réside dans la rencontre au sommet de deux grands acteurs. Dépouillant leur jeu de toute afféterie, Stanley Tucci et Colin Firth empruntent une approche retenue, d’autant plus bouleversante qu’elle repose sur un souci d’authenticité. Il n’y a pas de mélodrame ici. Que deux hommes amoureux qui tentent de composer du mieux qu’ils peuvent avec un sale tour du destin. Et c’est très beau.

Wonderful day beside you hand in hand, lovely movie so quiet and sweet, ILY

 

Publié dans : Cinéma | le 10 septembre, 2021 |Pas de Commentaires »

Minari….

Lee Isaac Chung replonge dans son passé et signe un film aussi personnel qu’universel, couronné aux Oscars et aux Golden Globes

Quand nombre de cinéastes utilisent leur vécu comme source d’inspiration de leur premier film, le Coréen Lee Isaac Chung a attendu la quarantaine pour replonger dans son passé. L’histoire de Minari, c’est la sienne. Ce père de famille coréen qui entraîne, sans les prévenir, sa femme et ses deux enfants dans un déménagement de Californie vers l’Arkansas pour embrasser une vie de fermier, c’est le sien. Cette grand- mère (Youn Yuh-jung, Oscarisée à juste titre) venue de Corée sans parler un mot d’anglais aider au quotidien ces parents obligés de bosser double pour ne pas sombrer dans la précarité, c’est la sienne. Et cet enfant, tout à la fois observateur et acteur de ce moment de bascule familial, c’est lui. La puissance émotionnelle dégagée par Minari naît forcément de ce lien entre ce qu’on voit et ce qu’il a vécu.

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Minari2

Mais ce qui frappe ici est la manière dont Lee Isaac Chung part de l’éminemment personnel pour tendre vers l’universel. Chronique familiale, drame sociétal sur les difficultés vécues par le monde rural sous Reagan et réflexion sur le rêve américain et ses dommages collatéraux, son film mêle les genres avec une dextérité jamais prise en défaut. Comme il le fait, tout au long de son récit, avec les cultures coréenne et américaine ou sa manière de filmer la nature qui évoque aussi bien Miyazaki que Malick. Lee Isaac Chung explique avoir été écrit ce film comme s’il s’agissait du dernier avant de passer à une autre vie. Le résultat emballant lui assure d’une certitude : le cinéma va encore occuper sa vie pour un petit bout de temps.

Minari, d’après le nom d’une plante aromatique coréenne, se décline ainsi comme une chronique familiale du réenracinement, qui est aussi chronique du « devenir américain », rêve poursuivi opiniâtrement, envers et contre toute adversité, par le père de famille.

Another movie original, another moment beside you incredible. Thanks of all of you. ily

 

Publié dans : Cinéma | le 25 juin, 2021 |Pas de Commentaires »

Nomadland….

Inspiré du roman éponyme de Jessica Bruder, le parcours de Fern (Frances McDormand), ancienne professeure, est celui d’une Amérique fragilisée par la crise économique des années 2000. Elle vit seule depuis le décès de son époux, et après la perte de son emploi la précarité s’installe. Pensions insuffisantes et administrations accablantes, rien n’est véritablement propice à l’accès au logement et doucement les options s’amenuisent. Bientôt son van devient sa seule demeure possible.

Nomadland nous emporte à l’orée d’un nouveau monde alors que l’économie s’effondre, une fable de la crise économique de 2008, des GAFAM qui fument à pleins poumons tandis que leurs fantassins s’échinent. En plein hiver, l’histoire s’entame dans les rues enneigées d’Empire, Nevada, une ville fantôme dont le code postal a été supprimé après la fermeture de l’usine qui maintenait ses quelques habitants à flot. C’est là que vivait Fern avec son époux, mais plus rien ne subsiste de ce que fut sa vie. Alors contrainte à l’exil, quelques assiettes dans le coffre et la parka de son mari sur le dos, elle appartient désormais au peuple de ceux qui naviguent avec le vent. À plus de soixante ans, on lui parle de retraite anticipée, mais au volant de son van (joliment surnommé «vanguard»), Fern vadrouille entre les petits boulots et son intérim dans les entrepôts d’Amazon. C’est là qu’elle rencontre Linda Lay (qui incarne son propre rôle). Vagabonde elle aussi, elle lui parle de ce grand rassemblement de nomades en Arizona, le fameux Rubber Tramp Rendezvous (RTR).

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Nomad3     Lien vidéo…

Tourné en basse lumière, accompagnée de quelques panneaux LED seulement, la caméra de Joshua James Richards embrasse la beauté de l’Ouest américain avec une singularité proche du documentaire. Un effectif réduit pour venir à la rencontre de ces vagabonds qui paisiblement se confient au chaud de leurs vans. Dès les premiers plans, les mots nous manquent et bientôt le vertige horizontal nous submerge. Frances McDormand nous emmène à la rencontre de Patty, Linda, Swankie et les autres. Beaucoup incarnent ici leurs propres rôles. Les vies défilent et l’authenticité des propos cèle une émotion vive. The Rider irradiait déjà d’une cinématographie sublime et d’une métaphysique assourdissante. Ici, la maestria Chloe Zhao est la même et ô combien touchante, portée cette fois par la partition épurée de Ludovico Einaudi. À bien des égards, Nomadland se lit comme la quête initiatique de Fern au pays des oiseaux rares des bords des routes.

Un film qui se mêle au grand mythe américain de la route. Et il fallait au moins la madone McDormand pour faire de Nomadland un chef-d’œuvre immédiat. Une icône discrète, associée à jamais à certaines des plus belles heures du cinéma américain. Aussi productrice, elle s’impose ici comme une évidence. Magistrale en solo, bouleversante quand elle tente de refaire sa vie aux côtés de David Strathairn; et puis il y aura Bob Wells et son désormais célèbre «See You Down The Road» alors qu’il se confie sur la disparation de son fils. Nomadland est une ode à la sobriété du 7ème art, aux ermitages éternels et aux vagabonds romantiques. D’avoir vécu aux côtés de Frances McDormand, Nomadland vous hantera et pour longtemps.

A great, great movie sharing alone together, a wonderful moment hand in hand, ILY

Publié dans : Cinéma | le 11 juin, 2021 |Pas de Commentaires »
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