Once Upon a Time… in Hollywood…

LOS ANGELES 1969
« Avec Roma, Cuarón a fait son Mexico 1970 ; moi, c’est Los Angeles 1969 », a dit Tarantino à Cannes, non sans une certaine poésie. Et tant pis si le spectateur non initié n’en reconnaît pas tous les recoins, ni n’en décode tous les signes. Son Il était une fois… est un voyage astral, un rêve cotonneux à hauteur de l’enfant qu’il était quand il a entendu le récit des Manson Murders à la radio, à l’heure du petit déjeuner, le matin du 9 août 1969. Il avait alors 6 ans et demi. Il vivait dans la banlieue sud de Los Angeles, se rêvait redresseur de torts et sauveteur de starlettes en détresse, comme on croit au Père Noël, et c’est cette sensation d’innocence à laquelle son film rend hommage. Une cigarette de LSD répond à la pipe d’opium de De Niro et Leone, pour mieux dire « Il était une fois… » au moment où les effets de la drogue commencent à se faire sentir et à contaminer la conscience du film et celle du spectateur. Alors, quand les grilles de la villa s’ouvrent au petit matin, il ne faut y voir nul révisionnisme, nulle consolation, juste l’évocation douloureuse de ce qui n’est pas, de ce qui n’est plus, de ce qui n’a pas été. Une élégie. Un songe de nuit d’été, laissant une traînée de regrets tristes à l’instant du réveil. Non, vraiment, ce n’est pas un Tarantino comme les autres. Et non, on n’est pas là pour rigoler.

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Once upon a time… in Hollywood sera donc le premier Tarantino désenchanté depuis Jackie Brown, jusqu’ici son film le moins aimé, car le moins aimable – et le moins marrant. Le cinéaste a fait triompher les filles de Boulevard de la mort et Kill Bill, les commandos juifs d’Inglourious Basterds, les esclaves cuir de Django Unchained, il a même fait semblant d’en tirer une théorie sur la revanche des vaincus de l’Histoire, mais c’était de la blague, des clins d’oeil, des bals costumés. Once upon a time… in Hollywood est un requiem. D’où l’effort maniaque de reconstitution, comme si on y était, comme si tout était encore là, tel quel, lieux, rêves, gens, passé, futur. Le film visite des endroits légendaires du L. A. sixties, des plateaux où se tournaient des séries western, des drive-in, des salles de cinéma célèbres, des boulevards (Sunset, Hollywood) dont toutes les enseignes, ou presque, ont changé depuis. Ce monde disparu, Brad Pitt, Leonardo DiCaprio et la caméra de Quentin Tarantino s’y promènent, croisant des fantômes, des fantasmes, des sosies et des ombres. Une jolie hippie à prendre en stop, parce qu’il n’y a pas de mal à ça, ni de raison d’avoir peur ; une mini-actrice de 8 ans à prendre en grippe, parce qu’elle blablate trop (comme dans un film de Tarantino) ; une starlette de comédies à prendre en photo, à l’entrée du cinéma où elle va regarder l’un de ses propres films, avec les yeux grands ouverts de la gosse qu’elle est encore, à 26 ans, peu avant que le soleil ne se couche définitivement sur une certaine idée du mythe californien.

Excellent, excellent movie and an excellent moment as usual beside you my tenderlover, One  upon us ONE..

 

Publié dans : Cinéma | le 7 septembre, 2019 |Pas de Commentaires »

Yesterday…

On sait Danny Boyle touche-à-tout, autant qu’infatigable créateur d’images. Le revoici à la tête de Yesterday, une œuvre sacrément fourre-tout, puisqu’elle mélange dystopie musicale et comédie romantique, pour aboutir à un métrage peut-être inégal, mais aussi foisonnant qu’intéressant. Un aspirant musicien découvre qu’il a investi une réalité parallèle où il est le seul à se souvenir des Beatles. Alors qu’il redonne vie à leurs inventions musicales, il lutte pour sauver son histoire d’amour naissante. Malgré la fantaisie revendiquée du sujet et de l’univers déployé par Boyle, l’intrigue déroule sa romance avec un tempo aussi calculé que prévisible, aussi éprouvé que finalement éprouvant. Pour qui n’est pas un fan hardcore du genre et de la recette du scénariste, le coeur du film paraîtra bien fatigué.

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Heureusement, le réalisateur ne se contente pas de narrer une bluette extrêmement classique, mais l’insère dans un projet artistique plus ambitieux et détonnant, pensé comme une missive énamourée aux Beatles. Effacés de la surface de la planète, ils offrent au héros l’occasion de ressusciter leur répertoire et de briller, ainsi qu’au film de développer une très belle idée. Ce ne sont pas les stars qui comptent, ce ne sont pas les interprètes qui marquent, mais bien les œuvres. Ainsi, Danny Boyle livre un hommage rafraîchissant en cela qu’il dépeint en creux les compositions du groupe comme des temples artistiques méritant une déférence à l’égale des grands poètes, une dévotion totale. L’hommage est fervent, la révérence sincère, et touche par sa simplicité.

Grâce au soutien indéfectible et cinégénique des formidables Lily James et Himesh Patel, dès que Boyle reprend du poil de la bête et essaie de pirater le récit académique et débordant d’huile de coude de Curtis, le charme opère, et Yesterday retrouve des couleurs. Leur synergie témoigne du directeur d’acteur émérite qu’est progressivement devenu Boyle, toujours capable d’extraire de ses acteurs des performances habitées et animales, désormais à même d’insuffler un charme d’une précision et d’une douceur irrésistibles.

ILY, yeah, yeah, yeah…With a love like that i know i should be glad…hihi

Publié dans : Cinéma | le 5 juillet, 2019 |Pas de Commentaires »

Parasite…

Ce texte ne vous dira rien. Dans sa supplique aux critiques de cinéma qui découvraient Parasite au dernier Festival de Cannes, Bong Joon-ho priait la foule des scribes de ne pas révéler les péripéties de son film au-delà d’un certain point : l’intrusion du frère et de la sœur, imposteurs embauchés comme professeurs particuliers, dans la maison et dans la vie de la famille Park. Si la crainte mondiale du spoiler est un éloquent trait d’époque, où l’horreur de savoir à l’avance ce qui va se passer correspond au désir panique, sur le plan collectif ou historique, de ne pas le savoir (l’expression d’un mauvais pressentiment), l’intrigue de Parasite est elle-même chargée de cette double angoisse, à la fois narrative et destinale.

D’une part, Parasite ne vaut que par l’avancée de son récit, les effets de surprise et de suspense qu’il entretient ou déclenche, d’autre part il est le spectacle d’un mauvais pressentiment objectif, qui s’avérera non seulement justifié et confirmé, mais pris en charge et réfléchi par le film : s’agissant de la lutte à mort entre les riches et les pauvres, les choses ne peuvent que tourner mal ou tourner court. Vous ne pouviez que vous y attendre, ne faites pas les innocents, ne saviez-vous pas la fin à l’avance ? Mais surtout, ne la désirez-vous pas ? Au cinéma, et partout ailleurs ? Parasite est à lui-même son propre spoiler : d’une part en tant que spectacle qui se parasite lui-même, récit d’un récit reposant sur une longueur d’avance, en concurrence avec ses propres moyens (il se raconte en permanence ce qu’il raconte) ; d’autre part en tant que révélation de ce qui ne peut que se produire, en toute logique déchaînée, dans la société qu’il décrit, et qui est aussi celle du spectateur, coréen ou non, qu’il interpelle.

 

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Au moment de recevoir la palme d’or à Cannes, Bong Joon-ho rendait d’ailleurs hommage au «cinéma français» en prononçant les noms de deux auteurs l’ayant inspiré entre tous, Henri-Georges Clouzot et Claude Chabrol. Si le discret haussement de sourcil dubitatif de Catherine Deneuve, qui venait de lui remettre le trophée, reste à ces mots la réaction la plus plausible, l’invocation explique aussi bien des choses. Parasite est un film méchant, un jeu de massacre qui ne sauve rien ni grand-monde, où le pressentiment est une forme donnée au ressentiment, empruntant pourquoi pas à Clouzot l’art miniature de la métaphore sociale et à Chabrol le goût de la cruauté objective, ou vice-versa – ici en partie transfigurés par le charme et l’ingéniosité de Bong, qui ne sont plus à prouver mais s’y trouvent un peu mises à l’épreuve. Comme chez ses maîtres, c’est le scénario qui fait le film et qui produit la mise en scène, quoiqu’ici la mécanique et ses marionnettes soient plutôt livrées à l’accidentel («No plan !» réplique récurrente du père de nos deux intrus, Ki-Taek), les choses partant en vrille par hasard puis par une série d’accidents, pressentis dans leurs grandes lignes mais étonnants dans leurs détails. On assiste à une sorte de déterminisme paradoxal, où les personnages, ceux de la famille pauvre comme ceux de la famille riche, seraient laissés libres de trouver le chemin vers des points fixes, balises d’une violence inéluctable.

Dans l’univers de Bong Joon-ho, la vie est aussi un parasite. C’est le biologique qui l’intéresse – la lutte des classes en étant ici, comme le titre l’indique, une déclinaison – exploré non seulement comme métaphore, mais comme outil de description du monde. Ce qui a toujours fait de lui un cinéaste contemporain, profondément comique, amoral et égalitaire, auteur de films où le social est un attribut de l’espèce, et qui décrivent sans cesse un espace où les deux sphères, le politique et le biologique, sont censées se recouper plus qu’ailleurs : soit la famille – ici deux familles se parasitant réciproquement. La lutte des classes y apparaît avant tout comme un partage des corps, différenciés par leurs milieux, les abris souterrains des pauvres et les hauteurs urbaines et architecturales de la famille Park.

As usual, one more time, marvellous tome beside you hand in hand, ily

 

Publié dans : Cinéma | le 7 juin, 2019 |Pas de Commentaires »
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